Interview de la surfeuse française Maea Juventin

Surfeuse française originaire de Tahiti, Maea Juventin a découvert le surf dans sa jeunesse, et ce fut une révélation. La membre du team Billabong vit aujourd’hui en métropole, où elle se consacre à son double projet études et surf. Entre voyages, compétitions et examens, Maea Juventin mène son existence tambour battant. La surfeuse a accepté de se confier en interview exclusive pour le blog !

– Maea, peux-tu te présenter en quelques phrases aux lecteurs du blog ?

J’ai 21 ans, je suis originaire de Tahiti et j’ai grandi là-bas jusqu’à mes 18 ans. Cela m’a permis d’avoir une certaine proximité avec la nature et avec notre culture tahitienne. Je suis très sensible à cela. Je suis surfeuse depuis l’âge de 12 ans. Je vis aujourd’hui à Biarritz, pour mener mon double projet : les études et le surf.

– Dans quelles circonstances t’es-tu mise au surf ? 

Avant le surf, j’ai pratiqué étant petite énormément de sports différents. Le sport qui m’a vraiment transportée toute mon enfance était la danse tahitienne. Pendant 8 ans, j’ai participé à des concours solo et en équipe. Je sentais toutefois qu’il manquait quelque chose à ma vie, j’étais en quête d’adrénaline. Cela m’a amenée à essayer le surf à l’âge de 11-12 ans, lors d’une session solo. Mes proches ne me pensaient pas du tout capable de devenir surfeuse ! Ils ont rigolé quand je leur ai demandé une planche, qui était d’abord une planche en mousse, forcément… Mon père avait d’ailleurs essayé de me mettre au surf à l’âge de 4 ans. Nous avions fait une session tandem, à deux sur la planche. Je pleurais, j’avais peur ! Il s’est dit que je ne serais jamais surfeuse (sourire). Ma famille n’est pas une famille qui baigne vraiment dans le surf. Cependant, mon père avait fait du surf dans sa jeunesse, mon frère pratique et ma petite sœur s’est y mise après moi. Disons qu’ils n’en font pas à haut niveau, j’ai fait un peu mon chemin toute seule.

Maea Juventin – Crédit photo Kris Markovska


Mon apprentissage s’est finalement déroulé très vite, j’ai pris des cours de surf, je me suis inscrite à des surf camps et j’ai vite décidé de faire de la compétition. J’ai ainsi commencé la compète à 14 ans, au lycée de la section surf. Le surf est très vite devenu ma passion, j’ai arrêté la danse pour me consacrer à ce sport. Cela a été un petit tournant dans ma vie !

– Qu’est-ce que tu ressens quand tu surfes ? 

La sensation que procure la glisse est incroyable, on est sur un élément qui bouge sans arrêt, c’est fou ! Il y a plein de sports de glisse, mais en surf tout est différent. Il y a une belle liberté d’expression également, et qui me plaît énormément. Tu évolues sur la vague et tu traces tes lignes comme tu veux, elles ne seront jamais les mêmes.

-Quelles sont tes conditions idéales pour une belle session surf ?

J’aime énormément les longues vagues de récif, cela m’excite rien que de le dire (rires) ! Quand elles mesurent entre 1m50 et 2m, et si elles peuvent tuber… Ce sont mes conditions favorites, avec des copains à l’eau, pas de vent et une bonne houle.

Maea Juventin – Crédit photo Gaetan Charlin

Dans quels domaines penses-tu avoir la plus grande marge de progression ?

Je dirais dans les tubes ! J’ai également testé les airs sur une session, et j’ai vraiment adoré. Je n’ai pas trop eu l’opportunité de m’entraîner là-dessus, mais j’aimerais bien (une fois les ajustements faits avec mon coach) réaliser un peu plus de airs et bien comprendre la technique. J’ai trop kiffé l’expérience, et cette manœuvre fait aussi kiffer les juges, cela fait gagner des points en compétition !

-Quels sont tes principaux points forts en tant que surfeuse ?

Très bonne question, à certains moments on me dit que c’est mon backside, d’autres fois que c’est mon frontside… Avec toutes les vagues que je surfe, en France et lors de mes trips, je fais énormément de rollers, de carves, de cut backs, autrement dit des manœuvres très classiques. C’est une très bonne question, que je devrais me poser à moi-même ainsi qu’à mon coach. Je pense que j’ai un niveau homogène sur les manœuvres classiques, comme les lay back, les re-entry, les rollers… 

La surfeuse française Maea Juventin, Tahiti dans la peau


– En tant que surfeuse originaire de Tahiti, que représente à tes yeux le spot de Teahupo’o? 

J’ai toujours été très peureuse, le surf m’a permis de dépasser cette peur et cette appréhension des éléments de la nature. A mes yeux, Teahupo’o sera toujours un spot mythique, que j’admire et qui me fait de l’effet rien qu’en le regardant. C’est un spot incroyable, avec énormément de puissance. J’essaie de m’y rendre de temps en temps, quand je suis à Tahiti, même si j’appréhende toujours. J’ai cependant le choix avec plein d’autres spots de surf juste en face de la maison, donc au final je ne surfe pas beaucoup là-bas.

Maea Juventin en action – session au « spot de la maison » (Crédit photo Brad Booth)

– Quelle est ta relation avec Vahiné Fierro et Kauli Vaast ? Sont-ils des sources d’inspiration à tes yeux ? 

Je les ai côtoyés, à Tahiti tout le monde se connaît. J’étais très copine avec leurs sœurs cadettes respectives, on surfait ensemble. Kauli et Vahiné m’ont effectivement énormément inspirée. Quand j’ai débuté le surf, Vahiné a gagné les championnats du monde junior, elle m’a inspirée par sa persévérance. En partageant des sessions surf avec Kauli, celui-ci m’a donné des conseils, il me poussait parfois sur des vagues… ce sont des petits trucs qui m’ont encore plus boostée. J’ai été bien entourée dès le début, aujourd’hui cela fait vraiment plaisir de voir à quel niveau ils portent les couleurs de la Polynésie !

Lors des Jeux Olympiques de Paris 2024, dont les épreuves de surf avaient lieu à Tahiti, j’étais sur place (je n’étais pas avec eux). Les J.O. chez nous, cela n’arrivera peut-être qu’une seule fois et nous étions heureux d’avoir des Tahitiens sur la compétition. J’ai pu vivre les épreuves en direct, me rendre sur le spot, notamment durant la finale de Kauli… Je t’en parle et ça me redonne des frissons ! C’était magique.

– Tu es aujourd’hui basée à Biarritz, au pays Basque. Que penses-tu des spots là-bas ?

Cela a été un peu compliqué quand je suis arrivée ici, car les vagues ne sont pas aussi parfaites et régulières qu’à Tahiti. Cela me permet cependant de travailler la technique. Je surfe à Anglet, à Bidart, à Biarritz, dans les Landes, un peu partout. J’essaie de changer et de capter les bons bancs de sables. J’aime les spots situés vers Bidart et Guéthary, car le fond est rocheux, un peu comme au récif. Anglet demeure un spot assez puissant et situé juste à côté de la maison, donc c’est cool également !

Maea Juventin – Crédit photo Brad Booth


– A quelle fréquence retournes-tu à Tahiti ?

Je profite d’être en France pour avoir accès à des spots que je n’ai pas encore surfé. Je suis une passionnée du voyage, j’ai la niaque pour découvrir de nouvelles destinations et de nouvelles cultures. Je dédie tous mes voyages aux surf trips. En été, lorsque je sais que j’ai deux à trois mois de vacances, je rentre à Tahiti et je recharge mes batteries. J’ai toute ma famille à Tahiti, c’est ma maison, c’est hyper ressourçant… Je rentre donc une fois (deux fois l’an dernier), et j’essaie de voyager au maximum.

Maea Juventin, une surfeuse française avide de voyages


– Quels sont les meilleurs surf trips auxquels tu as pris part ces dernières années ? 

Je pense avant tout à l’Indonésie. On y est allés durant un mois, avec rien d’autre dans la tête que de surfer… Je me suis bien gavée ! Il y a de super bonnes vagues, cela fait un peu penser à la maison, avec des vagues de bonne taille et régulières telles que je les aime. J’avais également voyagé dans les îles de la Polynésie, lors d’un super swell, que j’avais partagé avec les meilleurs surfeurs mondiaux du team Billabong. C’était un super surf trip !
Je garde également de très bons souvenirs des Canaries, du Portugal, ou encore du Salvador.

-Y-a-t-il des destinations sur lesquelles tu aimerais te rendre prochainement ?

Oui, je retourne en principe le mois prochain au Maroc, où je m’étais déjà rendue mais il n’y avait pas de swell. J’ai très hâte, nous allons sur la côte surfer des spots loin du monde (sourire). J’aimerais bien retourner en Indonésie, pour découvrir des îles que je n’ai pas encore faites. L’Afrique du Sud est également une destination qui me fait envie.

Maea Juventin lors d’un surf trip en Polynésie française, avec Shane Dorian lui donnant des conseils
(Crédit photo TimMcKenna)


– Je crois que tu fais des études d’ostéopathie. Comment concilies-tu les études et la pratique du surf et des compétitions ? 

L’ostéopathie consiste en une formation de cinq ans très chargée, et le surf demande aussi un engagement intense. Entre les entraînements, les surf trips, les compétitions, cela nécessite du temps. Je gère cela toute seule, j’essaie de rester concentrée sur l’instant présent, que ce soit à l’école ou au cours de mes activités surf. Cela demande d’être énormément organisée. J’essaie de prévoir toutes mes vacances sur le calendrier annuel, pour faire des surf trips à tel et tel endroit. Certains voyages sont organisés en dernière minute, quand un swell surgit. Je suis au Centre d’Entraînement de Nouvelle-Aquitaine, j’ai entre autres trois entraînements de surf par semaine, un entraînement physique et un entraînement lié à la préparation mentale. J’ai par ailleurs des cours de 8h à 18h, du lundi au vendredi. Nos semaines ne sont jamais les mêmes. Ma journée type débute par une à deux activités physiques, des cours, puis je dédie des temps à tout ce qui est mail, réseaux sociaux etc. Cela nécessite une routine efficace, donc je mange bien et je dors bien pour être endurante ! Le week-end, je relâche un peu plus le rythme…

– Tu es ambassadrice Billabong, comment s’est noué ce partenariat ? Et qu’est-ce que cela implique pour toi ?

Je les ai contactés à l’âge de 17 ans, cela s’est fait de fil en aiguille. Je suis venue en France et j’ai rencontré la manager, j’ai signé le contrat et depuis, je suis chez eux ! J’ai commencé tôt, j’étais encore mineure et je suis contente d’être avec Billabong.

Ce partenariat implique de promouvoir la marque à mon image, je donne ainsi l’image la plus vraie de moi-même. Je fais part sur Instagram notamment de mes sessions de surf, en portant les vêtements de Billabong. Il y a donc une certaine exclusivité. Cela m’arrive parfois que l’on me demande de poser pour des shootings pour la marque, que ce soit pour leurs réseaux sociaux ou leur site Internet. Ce sont toujours de bons moments, j’adore cette marque. J’essaie par ailleurs, pour entretenir au mieux cette relation de partenariat, de proposer des projets. Je ne peux pas trop en parler pour l’instant, mais un projet commun va arriver très prochainement !

Maea Juventin lors du surf trip dans les îles de la Polynésie, avec la team Billabong (Crédit photo Tim McKenna)

De beaux objectifs en 2025 pour Maea Juventin


– Quelles sont tes échéances sportives en 2025 ?

Cette année, je vais un peu lever le pied sur les compétitions, je vais me concentrer sur les surf trips, les projets et l’école. Je vais quand même prendre part à quelques compètes, car j’aime beaucoup ça ! J’en ai d’ailleurs déjà fait deux en début d’année, avec un Open de France en Martinique (j’ai terminé 5e), et une étape de la Winter Cup que j’ai remportée. J’espère pouvoir participer à la troisième étape de l’Open de France, en avril, avec l’objectif de me sélectionner pour les championnats de France. La Roxy Vahine Cup a par ailleurs lieu en juillet. J’espère également participer au QS d’Anglet, et pourquoi pas m’aligner sur d’autres QS l’an prochain. On verra comment les choses évoluent.

-Quels sont tes objectifs et tes rêves pour le futur ?

J’aime énormément l’audiovisuel, je serais donc ravie de participer à un court métrage de surf chaque année. Mon tout premier est en cours de création avec une vidéaste, j’ai hâte de voir le rendu et de le partager autour de moi ! Vous en saurez plus sur ce projet avant l’été. J’avais également commencé à faire un peu d’acting, en jouant dans une petite série. J’ai énormément apprécié cette expérience. Je pense peut-être m’orienter là-dedans (court métrage de surf et acting) après mes études. Je compte bien continuer les compétitions, je lève un peu le pied en 2025 mais je vois les résultats que j’obtiens actuellement et j’en suis heureuse. A voir si je participe à davantage de compétitions l’an prochain, en fonction de mes envies, par exemple en Asie ou à Tahiti. Les compétitions me font en effet vraiment évoluer techniquement, mais cela dépendra aussi de mes études. Dès que j’aurai davantage de temps, je le dédierai au surf, c’est certain (sourire) !

– Un message à faire passer aux lecteurs du blog ?

Le surf est une activité incroyable, c’est plus qu’un sport. Cela devient très vite une passion et un mode de vie. Le surf se partage avec les familles et les amis, et se transmet. On pratique dans un environnement en extérieur, cela permet de reprendre contact avec la nature. Le surf pousse aussi à rester humble face à la force des éléments. Je suis très reconnaissante de cette connexion à la mer, que le surf m’a apportée. Pour ceux qui aiment l’adrénaline ou qui aiment repousser leurs limites, ils seront servis avec le surf ! C’est un sport complet, on travaille tout et il y a un beau sentiment de liberté. Je m’épanouis dedans, je suis reconnaissante d’avoir le surf dans ma vie !

Pour suivre Maea Juventin sur Instagram : https://www.instagram.com/maea_juventin/

Une vidéo de trip en Indonésie avec la surfeuse française Maea Juventin !

Maea Juventin lors d’une session surf sur l’île soeur de Tahiti (Crédit photo Matt Hardy Brown)

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Crédit photo de Une : Gaetan Charlin


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