Athlète baignant dans les sports de glisse depuis plus de 30 ans, Christophe Mathevet préside l’association Paddle contre Parkinson. Une maladie avec laquelle il doit désormais composer, et qui n’empêche pas le rider français de pratiquer. Christophe Mathevet s’est confié sur sa passion pour la glisse, en interview pour ce blog !
-Christophe, pourrais-tu te présenter en quelques phrases aux lecteurs du blog ?
J’ai 57 ans, je suis l’heureux papa de 3 jeunes femmes de 22 ans. Être papa de triplées est sans doute ma plus belle aventure. Je suis sportif depuis quasiment toujours. J’habite au pied des monts du Forez, dans la Loire.
Quand tu vis à 30 km de Saint-Étienne et que tu as 10 ans lors de l’épopée des Verts, eh bien tu fais du foot. Puis de la natation jusqu’à 27 ans. En parallèle, découverte du VTT… pas d’amortisseurs, pas de freins à disque, c’était vraiment les tous débuts.
En 1991, donc à 24 ans, je débute en surf à Biarritz et je surfe toujours. Au surf sont venus se greffer le stand up paddle et le snowkite.
En 2018, un diagnostic de maladie de Parkinson est posé. Un neurologue me dit que le sport est le seul moyen de ralentir la maladie et m’encourage à continuer le sport que j’aime. Donc je continue le VTT, le SUP, le surf et le snowkite. Ce n’est pas toujours simple mais cela reste possible pour l’instant.
Avec des amis, on a créé l’association Paddle contre Parkinson, dont je suis l’actuel président.

–Dans quelles circonstances t’es-tu mis aux sports de glisse ? J’ai lu que la sortie du film « Point Break » t’avait fait reprendre le surf…
Si la luge est considérée comme un sport de glisse, on va dire que j’ai glissé sur les genoux de mon père à deux ans. Sinon, j’ai découvert le surf à 7 ans à Hendaye, où je passais mes vacances avec mes parents. J’avais un petit canoë gonflable avec lequel je jouais dans les vagues. A l’époque le surf était confidentiel, mais déjà présent à Hendaye. Chaque jour j’essayais de glisser et de me lever sur mon bateau gonflable. Je devais y mettre tellement d’énergie qu’un jour un surfeur m’a proposé d’essayer sa planche. Évidemment, j’ai adoré !
A la fin des vacances, retour dans le Forez, mes parents achètent un appartement au Grau du Roi. Plus de surf pendant longtemps…
Lors de la sortie du Film Point Break, j’y suis allé par curiosité, pour voir un film d’action… mon expérience du surf à 7 ans a refait surface, je vois alors Point Break au moins 10 fois. Trois semaines après, je suis à Biarritz et je prends mes premiers cours de surf. Au bout d’une semaine, première vague qui déferle… c’est plié, je suis accro à vie !
– Avais-tu d’ailleurs des idoles, plus jeune, dans le monde du surf ?
Tom Curren (multiple champion du monde, ndlr) mais je n’ai d’yeux que pour Jenna de Rosnay (ancienne championne de planche à voile, et fille du fondateur de Surfer Magazine).
-Peux-tu nous parler des plus beaux trips auxquels tu as pris part en tant qu’athlète ?
Pour le surf, quand tu habites près de Saint Étienne, tu tripes en permanence. Je ne compte plus les trains de nuit direction Biarritz, les week-ends dans les années 90. Je récupérais ma planche chez Project quand ils étaient dans leur vieux hangar.
J’ai également un beau souvenir de Furteventura, avec évidemment El Cotillo et des vagues plus secrètes.
Sinon, j’ai réalisé un très beau trip en Australie en 1997, où j’ai passé deux mois à surfer la côte Ouest. J’ai le souvenir d’avoir surfé de Pass à Byron Bay en compagnie de dauphins, et j’ai gardé dans ma mémoire la vague à Burleigh Head qui déferle très longuement.
Et juste avant mon diagnostic, un trip en octobre au Portugal et des vagues magiques à Baleal et Supertubos.
Niveau Sup, j’ai participé en novembre 2024 aux championnats du monde ICF en Floride, catégorie plus de 50 ans. Malgré Parkinson, je ne finis pas dernier à la course de Longue Distance, c’est pour moi l’équivalent d’une victoire ! J’ai par ailleurs découvert les plages locales en SUP.

-Tu l’as abordé, tu es atteint de la maladie de Parkinson depuis quelques années. Comment as-tu réagi à l’annonce de ce diagnostic ?
Après une phase prodromique, la maladie est devenue aiguë en 2018, s’en sont suivis 18 mois d’errance thérapeutique. Et lors du diagnostic, le fait de mettre un nom sur tous les symptômes que j’avais a été pour moi salvateur.
Après, quand je me documente sur l’évolution de la maladie et que je découvre que le dernier stade c’est l’impotence généralisée, je me suis immédiatement informé sur le suicide assisté en Suisse. Mon couple a éclaté, car ma compagne ne se sentait pas le courage de m’accompagner sur le long terme. L’avantage d’être seul face à la maladie, c’est que tu te gères de façon autonome, ça convient finalement à ma personnalité. J’ai donc décidé de profiter à fond du répit de quelques années que les médicaments procurent, en compensant partiellement les symptômes. Bref je vis chaque jour comme si c’était le dernier et je ne rumine pas sur la maladie. Elle est là, je fais avec.
– Tu continues à faire du paddle malgré la maladie, tu t’es d’ailleurs orienté vers le SUP Race. En quoi le sport a-t-il agi comme un moteur dans ton combat contre la maladie ?
Le sport est actuellement le seul moyen reconnu scientifiquement pour ralentir la maladie. Dès que les traitements ont commencé à faire effet partiellement sur les symptômes, j’ai donc repris tous les sports que je faisais avant. Actuellement je suis mieux qu’en début de diagnostic, c’est sans doute dû aux centaines d’heures de sport.
Souvent après le diagnostic quand j’annonçais que j’avais Parkinson, on me disait « t’es jeune et tu ne trembles pas ». Et en y réfléchissant, moi aussi avant je croyais que Parkinson était réservé exclusivement à des personnes âgées qui tremblent. Ce n’est évidemment pas le cas. J’ai donc décidé de me mettre à la compétition de SUP Race pour faire connaître la maladie. D’abord seul, puis après à travers l’association Paddle contre Parkinson, association très orientée communication puisque des compétitrices et compétiteurs ont intégré la Team PCP et représentent la maladie sur les courses.

-Quelles sont tes contraintes liées à la maladie, dans le cadre de ta pratique ?
Moi, je ne tremble pas, mais je présente des raideurs et un ralentissement moteur. Cela se traduit par une faible cadence de rame en SUP, d’où une vitesse en course limitée. Etre avant-dernier est une victoire pour moi.
Au niveau du surf, c’est au moment du take off que c’est problématique. Mon bras gauche va moins vite que le droit, il faut donc adopter des stratégies. Et puis finies les vagues creuses et rapides, c’est incompatible avec ma lenteur.
En VTT la maladie a peu d’impact. Pour l’instant, en snowkite, c’est parfois compliqué de skier et de piloter l’aile de façon coordonnée, mais je me fais plaisir.
Pour comprendre ce qu’il se passe, il faut savoir que Parkinson se traduit par la mort des neurones qui fabriquent la dopamine.
La dopamine est un neurotransmetteur qui transmet l’information entre les neurones dans le cerveau. Si je simplifie au maximum, pour aller à 10 km/h il me faut 10 jetons de dopamine. Sans médicaments je n’ai que 2 jetons, avec les médicaments j’ai 6 jetons donc je vais à 6 km/h.
J’ai aussi une altération de la transpiration, c’est à dire que lorsqu’il fait chaud, je n’évacue plus la chaleur en transpirant. Je dois donc me tremper régulièrement dans l’eau pendant les courses.
Après, le traitement induit chez moi un effet secondaire, c’est la chute de tension orthostatique. Concrètement, j’ai la tête qui tourne quand je me lève vite.
– Que représente le SUP à tes yeux aujourd’hui ?
Aujourd’hui j’aime autant le Sup Race que le surf. J’aime bien la course technique car le principe de contourner des bouées est très motivant, je retrouve un peu les sensations d’adrénaline de la natation lors des culbutes.
En plus les courses techniques ont parfois lieu dans les vagues, là ça devient très tonique. Je m’amuse malgré la maladie !
La famille du Sup Race est une petite communauté, c’est très sympathique de se croiser sur diverses compétitions.

(Crédit photo France3 Hauts de France)
– Peux-tu nous parler de ton association Paddle contre Parkinson ?
Je parlerais plutôt de « L’ » association Paddle contre Parkinson, car même si j’en suis le créateur et actuel président, l’association appartient à ses membres.
Sinon, outre la présence de l’association sur les courses de paddle pour sensibiliser à la maladie, nous recueillons des dons pour soutenir des programmes de recherche.
Nous soutenons principalement l’essai clinique DIVE réalisé au CHU de LILLE, le principe de DIVE est d’administrer de façon continue de la Dopamine dans le cerveau à l’aide d’une pompe. La phase d’essai est concluante et l’équipe de recherche cherche les fonds pour passer à la phase 3. Le suivi à long terme des 9 malades issus de la phase 2 coûte mensuellement 15 000 euros. En mars 2025, c’est l’association qui finance ce suivi.
Donc derrière la façade ludique du Paddle, l’association participe à des choses très sérieuses.
Il faut noter que dans son fonctionnement, les dons reçus des particuliers sont intégralement reversés à la recherche et ne servent pas à financer le fonctionnement de l’association.
Informations sur l’association et la maladie sur : https://www.paddlecontreparkinson.fr
-En 2024, tu as lancé un Parkithlon Tour, soit 300 000 mètres de paddle cumulé, en 8 étapes, à travers la France. Quels étaient les objectifs de ce challenge, et comment cela s’est-il passé pour toi ?
Oui, 300 000 mètres ce qui correspond à 1 mètre par malade de Parkinson en France. Le principe était de se déplacer dans 8 villes et de regrouper des adeptes du Paddle et des malades, et de faire du paddle en groupe et de communiquer. Il y a eu 4 parutions presse papier et un passage télévision en Normandie lors de l’étape de Pont-l’Evêque, où l’association a organisé une compétition mixte paddle/course appelée « Rame and Run ». Cette compétition sera reconduite le 20 Avril 2025.
Ça c’est plutôt bien passé pour moi et Panama, mon chien qui m’accompagnait. C’était quand même fatigant, j’étais « cuit » pour les courses d’avant l’été. J’ai fait un long break en juillet-août.
Niveau objectif, le Parkithlon a permis de recueillir 5 000 euros. C’est plutôt bien pour une jeune association.

– Quels sont tes objectifs sportifs pour 2025 ?
Suite à ma participation aux championnats du Monde ICF, j’ai reçu des invitations pour représenter l’association sur deux grandes courses européennes.
Et fort de mon expérience 2024, je vais vraiment avoir deux parties de saison en paddle, c’est à dire avant et après l’été. Juillet et août seront consacrés au surf avec, pourquoi pas, une première compétition à 57 ans en longboard. Et ce dans des catégories « valide » car les symptômes de Parkinson ne rentrent pas dans les critères de classification en Para Surf, alors que Parkinson est la deuxième cause de handicap moteur, derrière les AVC.
– Quelque chose à ajouter ?
Ce que je dis aux personnes nouvellement diagnostiquées : « Malgré Parkinson, la vie peut et doit continuer ; ce n’est pas toujours simple mais possible. »
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A lire aussi : Un article marquant : L’article écrit pour la Nautic Paddle 2018, dans SUP Magazine !
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Crédit photo de Une : Alexis Fernet / Very Flat Race 2021
Le témoignage de Christophe Mathevet lors du TEDxSaintEtienne

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