Originaire de Saint-Martin, le surfeur Renan Grainville est un rider passionné et au parcours de vie riche. Celui qui a habité adolescent en Guadeloupe puis dans le sud-ouest, réside désormais au Portugal depuis quelques mois. Bien décidé à réaliser ses rêves sportifs… Classé 11e sur le circuit QS Europe et récent 5e du Pro Taghazout Bay, Renan Grainville ambitionne ainsi d’accéder au CT, l’élite du surf mondial. Renan Grainville s’est livré dans une longue interview pour le blog !
-Renan, peux-tu te présenter en quelques phrases aux lecteurs du blog ?
Je m’appelle Renan Grainville, j’ai 25 ans, je suis originaire de la petite île de Saint-Martin, au nord de l’arc antillais. C’est là où j’ai fait mes premières armes en tant que surfeur. Je me suis initié au SXM Surf Club, qui se situe sur la baie du Galion. Maud Le Car (surfeuse évoluant sur le circuit QS, ndlr) est d’ailleurs originaire de Saint-Martin, tout comme William Aliotti et Titouan Boyer (qui fut champion d’Europe Junior Pro WSL, il y a quelques années, ndlr). L’île de Saint-Martin a fait émerger plein de talents, comme Camille Lavocat ou Thomas Doumenjou, à l’échelle nationale.
-Dans quelles circonstances as-tu débuté le surf ?
J’ai commencé le surf assez tard, par le biais d’un pote avec qui je jouais au football. J’ai en fait pratiqué beaucoup de sports différents, avant de découvrir le surf. Ma famille n’arrivait pas trop à trouver le sport qui me canaliserait, et qui me permette d’être tranquille, en revenant le soir à la maison. Je n’ai pas été diagnostiqué hyperactif, mais j’étais un enfant très actif tout de même. Le surf est alors entré dans ma vie, je l’ai découvert à l’âge de 10 ans. J’ai été rapidement « piqué » et j’ai alors arrêté tous les autres sports que je pratiquais. Le surf m’a canalisé de manière radicale : en rentrant à la maison, je dormais direct !
Renan Grainville, un coup de foudre immédiat pour le surf
-Tu n’es donc pas issu d’une famille de surfeurs ?
Pas du tout, vraiment pas… Ma mère était chef d’entreprise pour des produits d’import/export, et mon père était loueur de voitures. Il n’y a aucun lien avec le surf, ni de près ni de loin ! Mon père était également le bras droit du président de la Collectivité de Saint-Martin.
-Tu l’as dit, tu as été immédiatement captivé par la pratique du surf. Qu’est-ce qui t’as plu dans ce sport ?
Ce qui m’a plu en premier lieu, c’est cet esprit de groupe, de partage et de convivialité qu’il y avait au club. Nous avons vraiment eu un super coach et également un super président, Jean-Seb Lavocat. Il a vraiment été une pièce maîtresse dans la construction de ma carrière jusqu’à aujourd’hui. J’ai appris à la dure, j’ai alors eu encore plus la niaque et j’étais plus que passionné. A l’époque, tu devais mériter de surfer. J’ai vite compris que j’étais doué pour le surf, puisqu’en l’espace de deux ans j’ai commencé à avoir le même niveau que des potes qui avaient commencé à 3 ans. En compétition, mon niveau doublait voire même triplait. Cela a créé une flamme inépuisable, après en avoir bavé pour accéder à ce sport.
– Avais-tu des modèles parmi les surfeurs quand tu étais plus jeune ?
A l’échelle du SXM Surf Club, Titouan Boyer était littéralement mon idole. Il m’inspirait beaucoup, il s’en fichait de l’industrie du surf et il gagnait tout. A l’échelle internationale, Dusty Payne. Je l’admirais vraiment ! J’appréciais également Gabriel Medina, qui était sur le CT à 16 ans…
J’admirais également Andy Irons et Bruce Irons, ils avaient sorti un film en collaboration, qui est incroyable. J’en visionnais aussi beaucoup de Dusty Payne, que des potes me prêtaient. Le club accueillait alors 200 surfeurs et Jean-Seb devait parfois mettre en place plusieurs créneaux dans la journée, au niveau du bateau, pour que tout le monde puisse surfer. Nous étions 30 ou 40 sur le spot, c’était l’anarchie !
La belle résilience du surfeur Renan Grainville
– Comment te définirais-tu en tant que surfeur ?
Je suis une espèce de Rambo ! J’ai eu plein de blessures dans ma carrière, je suis toujours revenu et à chaque fois, je suis revenu encore plus fort. La Fédération Française de Surf m’a ainsi surnommé, un jour, Rambo. Pour résumer, j’ai eu tout d’abord une ostéochondrite nécrosée du genou droit. C’est une maladie due à un problème cardio-vasculaire ou à un choc traumatique, soit héréditaire. Me concernant, c’était lié à un choc. En 2013 ou 2014, à Bali, j’ai fait un air, j’ai atterri et j’ai entendu mon genou craquer. J’ai eu des douleurs, qui sont passées. J’ai donc continué le trip pendant deux mois.
Quelques mois plus tard, aux championnats de France, j’ai ressenti le même « crac » au genou et je ne pouvais plus marcher. J’ai été évacué d’urgence, on m’a transféré à l’hôpital Trousseau, à Paris, et on m’a diagnostiqué cette maladie. On m’a annoncé que si j’avais continué le surf deux mois de plus, je me serais retrouvé en fauteuil roulant toute ma vie. Cela fait peur, dit comme ça…
Suite à cela, j’ai été interdit de surf pendant un an et demi. Le docteur m’a d’ailleurs menti au premier rendez-vous, davantage pour mon bien. Le temps d’arrêt normal était en effet de trois ans, et il m’a dit un an et demi. Cela a été un gros coup dur car c’était le moment où ma carrière décollait. J’ai cru devenir fou, je ne pouvais pas rester éloigné de l’océan.
Pendant ce temps d’arrêt, je me suis entraîné comme un dingue, en faisant beaucoup de course à pied dans le sable, du vélo, de la natation, en me mettant aux sports de combat…
Je suis passé d’un corps de Minimoys, où je ne faisais pas peur à grand-monde, à un corps d’athlète, à 15-16 ans. J’ai développé une très grosse puissance au niveau de mon surf. J’ai également pris beaucoup de recul sur mon sport. Avant, en néophyte des blessures, je me disais qu’on ne pouvait pas se faire mal en surfant, puisque l’on évoluait dans l’eau. Aujourd’hui, je me moque de ma naïveté…
J’ai ensuite eu une fracture déplacée de la malleole externe, pendant une compétition où je visais le titre. C’était lors du Pro Junior de La Torche, en 2018. J’ai passé tout de même ma série, mais j’ai regardé mon round 5 sur la plage… Je suis resté six mois sans faire de surf, puis un an avec une plaque et 7 vis dans la cheville, à devoir réapprendre à surfer avec ça. Sans compter les deux mois hors de l’eau lorsque la plaque a été enlevée… J’étais toutefois convaincu de revenir vraiment plus fort.
Suite à mon ostéochondrite nécrosée du genou droit, j’ai été vice-champion de France. Lorsque je suis revenu de ma fracture déplacée de la malleole externe, j’ai remporté une compétition. Je me suis également très bien classé sur les QS Monde.
En 2022, j’ai gagné la Biarritz Maider Arosteguy (plus ancienne compétition de surf en Europe, créée en 1984, ndlr).
En octobre 2023, je me suis fait une entorse de l’os du tarse, avant les championnats de France.
Enfin, en mai 2024, j’ai connu une déchirure du tibio-fibulaire, survenue durant une session d’entraînement, juste avant la Maider Arosteguy. On m’a mis deux tiges métalliques dans la cheville. Cette déchirure m’a atteint mentalement, c’était la première fois de ma vie que je me sentais faible.
-As-tu d’ailleurs déjà été suivi par un coach mental ?
Non, jamais, même si je ne l’exclus pas à l’heure actuelle. J’ai récemment fait un post LinkedIn à propos de ma recherche de partenaires, et un coach mental (Jean-Claude Bréard) a pris contact avec moi. Il est intéressé pour me suivre, nous avons échangé deux fois au téléphone et un troisième rendez-vous est à venir. Pour en savoir plus à son sujet, vous pouvez consulter son profil Linkedin.
Je n’ai cependant jamais eu besoin d’un coach jusqu’à présent, le mental a toujours été mon point fort. Mon mental a parfois rattrapé mon manque de niveau, mon manque de style ou mon manque de puissance. Cette force mentale tournait le stress de la compétition en une motivation, et me permettait de supporter les entraînements difficiles. Je surfais en effet, littéralement, sept heures par jour dans ma jeunesse. Ce mental m’a rendu résilient, résistant et persévérant. Il m’a sauvé à de nombreuses reprises…
Une recherche de financements capitale pour la suite
– A l’heure actuelle, parviens-tu à vivre de ton sport ? Comment t’y prends-tu pour financer ta saison ?
Je ne vis pas de mon sport, non. Les budgets dont je dispose servent en priorité à payer les factures, et je dois également aller chercher de l’argent ailleurs. J’ai une aide conséquente de la part de la Collectivité de Saint-Martin, ainsi que des contrats d’image avec plusieurs sponsors. Concernant la Collectivité de Saint-Martin, j’ai créé le dispositif d’aide de A à Z. Je touchais une bourse d’études et lorsqu’elle a pris fin, j’ai envoyé un mail à la Collectivité pour expliquer que je voulais me consacrer à mon rêve, accéder au CT et y devenir champion du monde. Je compte bien atteindre ces objectifs, et me qualifier en outre pour les Jeux Olympiques. J’aimerais être aux J.O. en 2028, au pire en 2032. Mon interlocutrice avait un enfant qui était sportif, et cela a débloqué beaucoup de choses. Trois autres sportifs de Saint-Martin ont pu bénéficier d’une aide, grâce à mon initiative.
Je mène actuellement d’autres démarches pour trouver de nouveaux partenaires, et je passe beaucoup par LinkedIn. Je vois en effet que les décideurs sont sur ce réseau social.
J’essaie également d’activer un réseau basé sur la recommandation. Il y a quelques années, j’avais en effet travaillé à la Mairie d’Anglet, et grâce à Michel Moncade qui a parlé de moi à des chefs d’entreprise, j’avais pu signer des contrats de partenariat ponctuels.
J’ai par ailleurs, enfin, quelque chose de très concret à proposer aux entreprises. Une commission se réunit en effet aujourd’hui pour savoir si mon dossier va être accepté, dans le cadre de la plateforme « Soutienstonsportif.fr ». C’est une plateforme vraiment géniale ! C’est 100% légal et cela permet d’offrir un document CERFA de 60% de déductibilité fiscale aux entreprises qui te donnent de l’argent. Les entreprises qui te sponsorisent ne sont pas imposées, et toi non plus. En tant qu’athlète, c’est une avancée immense ! Cela donne un intérêt économique aux entreprises à te sponsoriser, et cela permet de s’asseoir alors autour d’une table pour discuter…
(Le dossier de Renan Grainville a été accepté, depuis, dans le cadre de Soutienstonsportif.fr. Pour faire un don à Renan Grainville, cliquez ici : https://www.soutienstonsportif.fr/project/un-reve-une-vague-une-nation-aidez-renan-grainville-a-briller)
J’ai désormais créé une newsletter avec mes sponsors, où je les tiens au courant de mes déplacements, de mes résultats, de mes idées pour le futur, de mes objectifs, de ma carrière. Je crée donc vraiment un lien avec les marques.
J’attends également la décision de savoir si l’on va m’attribuer une bourse, via le Pacte de Performance (par la Fondation du Sport). J’espère qu’ils seront sensibles à mon projet ! (depuis notre échange avec Renan Grainville, son projet a été accepté et Renan attend désormais de connaître la suite du processus, ndlr).
J’aurais pu candidater à cette plateforme « Soutienstonsportif.fr » avant, mais j’attendais de passer « Sportif de Haut Niveau Relève », après avoir été Espoir durant 7 ans. Le DTN de la Fédération Française de Surf, Michel Plateau, m’avait dit qu’il fallait que j’intègre le Top 20 du QS Europe. En avril 2024, j’ai fait un round 16 à Lacanau (cela correspond à un quart à quatres) puis notamment un round 16 (quart à quatres) à Pantin. Michel a alors fait en sorte que je sois sur les listes, et élu, et j’ai alors activé les démarches avec « Soutienstonsportif.fr ». Cela me paraissait un processus plus logique. Je suis Relève, après ça c’est Elite, comme Kauli Vaast, Jéremy Florès et Joan Duru !
-Un mot sur ton coach actuel ?
Aujourd’hui, il y a de nombreuses personnes qui me disent que je vais aller sur le CT, en particulier mon coach Rodrigo de Sousa. Il coache de très gros noms, notamment Francisca «Kika » Veselko, Mafalda Lopes et Joaquim Chaves. Rodrigo a vu énormément de riders dans sa carrière, et quand je lui ai annoncé que je voulais aller sur le CT dans 5 ans, il m’a répondu que j’y serais dans trois ans. Rodrigo est très authentique, ce qui est important à mes yeux. Ma mère m’aide encore aujourd’hui, avec les moyens qu’elle a, qui sont désormais très réduits. Je poursuis mon rêve, et les paroles de Rodrigo résonnent donc vraiment en moi.
J’ai selon lui un énorme potentiel, que je n’ai pas encore pleinement développé.
Plus jeune, j’ai par ailleurs eu un coach en or en Guadeloupe, Pierre Georges, qui m’a vraiment mis le pied à l’étrier. Jean-Seb Lavocat a créé cette flamme, il l’a entretenue et Pierre (alias « Piou ») a rajouté du gaz, pour que la flamme brille encore plus. Piou m’a recontacté il y a un mois, et il m’a affirmé : « un jour, tu vas tout gagner ». C’est ce qu’il m’a toujours dit quand j’avais 16-17 ans et que je vivais en Guadeloupe. Je pense qu’il n’a pas tort, car aujourd’hui, mes efforts commencent à porter leurs fruits…
-Comment se passe ta vie au Portugal, où tu résides depuis quelques mois ?
J’ai en effet pris des risques et décidé de quitter la France, afin de m’éloigner entre autres des distractions. Je vivais depuis 8 à 9 ans dans le sud-ouest, au Portugal les gens ne savent parfois même pas que j’y suis. Je peux paraître incognito et grinder ! J’ai pris le risque de m’éloigner de la France, de laisser mon appartement, mes potes et cette vie de petit confort. Je me lève à 6h du matin, je fais du réveil musculaire, je finis à 18h, je fais du stretching et je surveille mon alimentation… Je suis passé en mode « robot », en étant plus que focus et en sortant de ma zone de confort. Je me mets dans le dur, pour voir ce que cela va donner.
-Quels sont tes meilleurs souvenirs de trips ?
Je garderai un souvenir fort de mon trip à Bali, en dépit de ma blessure. Nous avions un deal, ma mère et moi : si j’obtenais une mention au brevet, elle m’offrait un mois supplémentaire à Bali. Elle avait pris les billets pour un mois, avant que je passe le brevet, et me les avait montrés. J’ai conclu ensuite le contrat, en ayant 17,5 de moyenne. Elle a donc changé les billets, on est restés deux mois et cela m’a vraiment marqué. J’étais plein de gratitude envers ma mère, qui m’a toujours soutenu vis-à-vis du surf. Ces dernières années, parfois je n’y croyais plus trop, mais elle, elle n’a jamais cessé d’y croire. Je ne pouvais donc pas me dire : « Renan, laisse tomber, ce n’est pas pour toi ».
Je songe également à mon premier trip au Portugal, à Peniche, alors que j’étais âgé de seulement 15-16 ans. Je m’y suis rendu seul, dans un hôtel. J’ai rencontré lors de ce séjour Hélio « Laranja » Conde, qui fut également l’un de mes coachs. Hélio était très dur. Il était un bodyboarder, d’ailleurs je n’ai quasiment été coaché que par des bodyboarders, hormis Rodrigo de Sousa. J’ai surtout et aussi rencontré Paco Peruzzo durant ce trip, qui est l’un de mes meilleurs amis et qui m’a beaucoup aidé. Il m’aide encore aujourd’hui.
Le 3e trip qui m’a le plus marqué, c’est celui réalisé à l’occasion du Pro Taghazout Bay, au Maroc.
Une victoire symbolique au Pro Taghazout Bay, début mars 2025
– Début mars, tu as en effet terminé 5e du Pro Taghazout Bay au Maroc, une compétition QS 3000 remportée par un autre Français, Jorgann Couzinet. Ce résultat a-t-il une saveur particulière ?
J’ai été très affecté par la mort de mon grand-père, décédé il y a trois mois et qui est né à Casablanca. J’ai senti sa présence juste avant mon quart de finale, lors de ce Pro Taghazout Bay. Avant d’aller en série, je me répète souvent des phrases simples, où je fais preuve de reconnaissance. Arrivé en quarts, à savoir l’objectif que je m’étais fixé, mon cerveau et mon corps ont lâché. J’avais l’impression d’avoir déjà gagné la compétition. J’ai alors senti la présence de mon grand-père et je me suis mis à pleurer, juste avant d’aller à l’eau. J’ai essayé de me remobiliser pour être conquérant, mais cela n’a pas suffi. Ce trip au Maroc a été une concrétisation de tout, de mon travail au Portugal durant deux mois, de mon travail sur moi-même, de ma reconnaissance envers les personnes qui m’entourent et qui m’aident… La cerise sur le gâteau, cela a été de me dire que mon Papy me regardait et voyait ce que je faisais. C’était quelque chose de très symbolique, de faire un tel classement au Maroc, c’était un bel hommage que je lui rendais.
Ma mère était par ailleurs là avec moi.
En quarts, Jorgann Couzinet (vainqueur de l’épreuve, ndlr) a comme par hasard réalisé son plus petit total de toute la compète, dans ma série. Les heats d’avant et les heats suivants, il a été intouchable ! Je me dis donc que j’aurais peut-être pu l’avoir, si j’avais eu la niaque et la flamme…

– Un mot sur la Winter Cup, que tu as remporté en début d’année 2025 ?
J’adresse une grosse dédicace au Comité de Surf de la Charente-Maritime, qui a créé ce Tour annuel composé de trois compétitions qualificatives et d’une finale. Je me suis classé deuxième à la première étape et premier à la deuxième épreuve, où j’ai battu Jorgann. Je n’ai pas participé à la troisième étape, j’étais en effet déjà qualifié pour la finale. Lors de celle-ci, je suis arrivé en pleine confiance quant à mes capacités, après avoir terminé 5e de l’un des QS les plus relevés de l’histoire. Je n’ai pas douté lors de cette étape finale de la Winter Cup, avec notamment un 18 de total en demies. Désormais, il faut que je me mette en mode patron. Je sais que je ne suis personne dans le monde du surf, j’en suis bien conscient, mais mon surf parle à ma place. Je ne m’en étais pas rendu compte avant le Pro Taghazout Bay, durant lequel j’ai déstabilisé en séries Joan Duru, pensionnaire du CT. En 2017 ou 2018, lors d’un QS à Anglet, Vasco Ribeiro (alors à son sommet, qui m’avait largement battu) est venu vers moi et m’a dit : « tu m’as fait peur ». Cela n’avait pourtant jamais résonné en moi, jusqu’à quelques jours avant le Maroc, où j’ai dit à mon coach que je serai sur le CT dans 5 ans.
Cela a décuplé ma confiance pour le Pro Taghazout Bay, puis pour la finale de la Winter Cup que j’ai survolée. J’ai d’ailleurs reçu, lors de cette Winter Cup, les félicitations de juges français et c’est quelque chose de très gratifiant. Cela me fait dire que j’ai vraiment quelque chose à jouer dans le surf.
Renan Grainville, une vieille ambition Championship Tour
– Comme de nombreux surfeurs professionnels, tu rêves d’accéder à l’élite mondiale, le Championship Tour. Depuis combien de temps ça te fait rêver ?
Depuis que j’ai commencé le surf. Les pensionnaires du CT surfent des vagues world class. A une époque, cela m’a moins fait rêver car ils ont supprimé des étapes iconiques, telles que la Gold Coast ou Fidji. Cela a douché un peu mon enthousiasme, tout comme l’instauration du cut… Heureusement, la Gold Coast et Fidji sont revenues au calendrier, avec plein d’autres épreuves qui sont géniales. Je ne suis cependant pas fan des épreuves dans les vagues artificielles, qui laissent à réfléchir d’un point de vue éthique et qui suppriment le facteur chance. Je vois désormais la mise en place du cut comme un mérite, l’étape à passer pour surfer des vagues mythiques. Le CT m’a toujours fait vibrer, je me persuade que je vais accéder à ce circuit et que je vais y briller !
Une qualification serait la concrétisation de beaucoup de choses, d’un travail acharné bien sûr mais pas seulement. Je n’ai pas eu les sponsors, je n’ai pas eu le budget, je me suis bougé en créant un dispositif avec la Collectivité de Saint-Martin. Les surfeurs du QS Europe ont aujourd’hui un très gros budget, ils n’ont jamais manqué de rien. Ils peuvent voyager où ils veulent et utiliser autant de matériel qu’ils veulent. Me concernant, savoir si je vais pouvoir participer à telle ou telle compétition fait partie des questions que je me pose.
Je pense cependant à un surfeur du CT qui a mérité d’être là où il est aujourd’hui, c’est Alan Cleland. En termes de moyens et de financements, deux mondes le séparent de certains autres surfeurs pros… Je me reconnais donc en Alan, tout comme en Sebastian Williams. Ce gamin surfe avec une board blanche, sans sponsors, et il fracasse les spots ! Il met des airs monstrueux…
Mon manque de moyens me donne un supplément de niaque, à l’image des Brésiliens (à une échelle différente) qui sortent de nulle part et qui ont mérité leur place. Ils viennent des bidonvilles et finissent sur le CT… Je considère d’ailleurs Adriano de Souza (champion du monde CT 2015, ndlr) comme une légende, un gros boss. Ce mec n’avait rien du tout, et il a eu tout. Il s’est battu pour atteindre son rêve.
Si aujourd’hui un sponsor me donnait 10 000 €/ an, je serais le roi du monde ! Je serais tellement reconnaissant envers lui qu’il ne regretterait pas son investissement. L’argent est le nerf de la guerre, et c’est ce qui manque pour accéder au CT. Le budget pour accéder au CS (l’antichambre du CT, ndlr) est d’environ 40 000 €/an, il me manque donc 30 000 €.
Je dois préciser que mon sponsor principal, ION, croit en moi et en mon projet, et je les remercie chaleureusement pour leur précieux soutien. Je cherche aujourd’hui plutôt un partenaire financier complémentaire plutôt qu’une marque qui viendrait remplacer ION. Je resterai en effet fidèle à ION, même si une marque venait me proposer 10 000€ par an. ION m’a en effet toujours soutenu même lors de mes blessures, et cela compte énormément à mes yeux
Mon futur partenaire financier sponsorisera en tout cas un athlète responsable, il y aura un retour sur investissement car je promeus de bonnes valeurs. Je suis déjà bien dans ma vie, j’ai des socles et je suis un battant. Du fait d’avoir galéré une partie de ma carrière, si j’obtiens désormais les budgets que je souhaite, c’est une autoroute qui s’ouvre à moi !
– Quelles sont tes prochaines échéances sportives ?
Il y a Caparica (Portugal), du 15 au 19 avril. C’est la dernière étape avant la qualification pour le CS. Je me mets le même objectif qu’au Maroc, minimum les quarts de finale ! Je vais tout faire pour la gagner. Je suis 11e au classement QS Europe, à quelques points de la 7e place, c’est le moment d’être ambitieux. En plus de cela, je ne m’étais fixé aucun objectif cette année, suite à ma blessure en 2024. Comme je l’évoquais, j’ai subi une déchirure du tibio-fibulaire, avec deux tiges métalliques placées dans la cheville. Cela m’a donné une immense niaque. J’allais aux compétitions sans pression, en mode : « on verra où ça mène », car je n’avais vraiment rien à perdre. Pour le Pro Taghazout Bay, c’était différent, je m’étais fixé un objectif. Je sortais pourtant de nulle part, on pensait limite que j’allais arrêter le surf suite à mes blessures à répétition. C’est magique, on passe d’un retour incertain au surf de haut niveau à une qualification potentielle pour les CS…
– Un message à faire passer aux lecteurs du blog ?
Croyez en vos rêves et donnez-vous les moyens de vos ambitions, en sortant de votre zone de confort. C’est la seule manière de réussir. Si tu sors de ton lieu de vie, que tu voyages et que tu vas dans un endroit où tu recommences à zéro, tout peut changer. Mon départ pour le Portugal en est la preuve. J’ai été focus sur moi, ma santé, ma prépa, mon surf, ma récup’ et ça a payé. Et ce n’est que le début ! J’ai vu tellement de profils de surfeurs qui sont partis plusieurs mois à l’étranger, et qui sont revenus avec un niveau hallucinant… Et ça vaut aussi dans d’autres domaines. Repartir à zéro dans un lieu où tu as zéro repère, c’est un bon moyen pour réussir.
Pour en apprendre plus sur Renan Grainville : https://www.instagram.com/renan_grainville/
Le film réalisé avec Hopupu, l’un des sponsors de Renan Grainville, et les autres riders du team, en février 2024
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Crédit photo de Une : Jean-Marc Alexia
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