Ancienne championne du monde juniors de snowboard freeride, Anna Martinez évolue depuis deux saisons sur le prestigieux circuit mondial Freeride World Tour. Passée par le boardercross, la jeune Chamoniarde de 24 ans rêve du titre de championne du monde sur le FWT. Anna Martinez s’est confiée sur son parcours, en interview, pour le blog !
–Anna, peux-tu te présenter en quelques phrases aux lecteurs du blog ?
Je m’appelle Anna Martinez, j’ai 24 ans et j’habite à Chamonix. J’ai commencé le snowboard à l’âge de 8 ans, et j’ai débuté à 11 ans les compétitions en boardercross et géant. Vers 15 ans, j’ai arrêté la compétition pour me consacrer à un domaine complètement différent, la danse. J’étais ainsi au conservatoire de danse, à Annecy, durant mes trois années de lycée.
A ce moment-là, j’ai découvert le freeride en testant pour le plaisir une compétition en juniors, qui se déroulait à Chamonix. Au final, l’année suivante, j’ai pris ma licence et j’ai continué dans cette voie. Je suis freerideuse depuis 2016 environ. J’ai fait trois-quatre saisons en juniors, que j’ai achevé en 2019 par une victoire aux championnats du monde juniors. J’ai ensuite évolué durant quatre ans sur le Qualifier, circuit européen qui permet de tenter de se qualifier pour le circuit mondial Freeride World Tour. J’ai réussi à décrocher cette qualification en 2023. Je participe donc depuis 2024 au Freeride World Tour. J’ai terminé troisième mondiale l’an dernier, avec notamment une victoire au Canada au cours de la saison (et deux deuxièmes places, ndlr). Cette année, mon palmarès est un peu moins bon, puisque j’ai terminé deux fois à la deuxième place et que j’ai fini quatrième du classement général. La médaille en chocolat (sourire)…
– Peux-tu détailler comment s’est opérée la bascule du boardercross vers le freeride ?
Je n’avais en fait pas beaucoup d’avenir dans le boardercross, je n’étais pas très forte dans cette discipline. Les seuls moments que j’appréciais étaient dans la phase de qualifications, où l’on était seul dans le parcours. Dès que je me retrouvais dans des poules à 4, c’était plus compliqué. J’avais peur, j’étais stressée, je ne prenais pas de plaisir. On m’a vendu le freeride comme une discipline où l’on choisit sa ligne, là où l’on veut passer, on fait ce que l’on a envie. Si l’on n’a pas envie de sauter, on ne saute pas, si l’on ne veut pas aller à droite on peut aller à gauche… C’est vraiment cette liberté qui m’a poussée à essayer le freeride.
Durant la période où j’ai arrêté la compétition en snowboard, j’étais quand même un peu frustrée. Je savais que je voulais reprendre, mais je ne savais pas dans quelle discipline.
Je me suis sentie épanouie dans le freeride, il y a une sensation de liberté, je fais ce que j’ai envie.
Lors de mes premières compétitions, je n’ai pas réalisé de grands exploits, je ne sautais pas car je détestais ça, je n’allais pas dans des endroits exposés car j’avais très peur. C’est comme cela que j’ai appris, ensuite, à me surpasser et à me challenger. Cela a plutôt bien fonctionné, je dirais !
La belle évolution d’Anna Martinez
-J’ai effectivement lu que tu avais dû apprendre à aimer sauter. Comment s’est fait cet apprentissage ?
Les choses sont en train de changer, mais j’ai toujours dit que le freeride était un peu une discipline de reconversion. Souvent, les freeriders étaient des athlètes qui, avant ça, faisaient du ski alpin en compétition, du boardercross, du freestyle, bref avaient une carrière un peu différente. Ils avaient décidé un jour d’arrêter mais voulaient poursuivre tout de même la compétition, et s’étaient donc reconvertis dans le freeride.
Me concernant, je n’ai jamais eu ce « background » dans le freestyle. Je n’ai donc jamais réellement appris à sauter, à faire des figures, car cela ne m’attirait pas forcément.
Dans le freeride, il y a plusieurs points de jugement, comme la technique, le contrôle, ou encore la fluidité. Ce sont des points dans lesquels j’étais plutôt à l’aise et où je me démarquais des autres filles, grâce à mes années de boardercross. Par contre il me manquait ce point appelé « Air & Style », où il faut sauter et potentiellement faire des figures si on le souhaite, pour améliorer sa note. J’ai compris que si je voulais être complète et atteindre mon objectif de monter un jour sur le Freeride World Tour, je devais progresser en « Air & Style ». J’ai donc pris sur moi, j’ai commencé alors à avoir un coach en 2019, lors de ma dernière année de juniors. Il m’accompagne toujours aujourd’hui, il m’aide beaucoup dans l’engagement, à aller là où je n’aime pas aller… Je commence toutefois à aimer, je vois que je peux m’améliorer et ça devient satisfaisant.
–Comment avais-tu vécu ce couronnement mondial chez les juniors, en 2019 à 18 ans ?
C’était une grande satisfaction d’achever mes années en juniors sur ce titre. L’année précédente, j’avais terminé vice-championne du monde juniors de snowboard freeride, cela me prouvait donc que je montais crescendo en niveau. Cela m’a également permis de participer directement aux épreuves 4 étoiles sur le circuit Qualifier, ce qui augmentait mes chances de me propulser sur le Freeride World Tour. J’étais donc bien contente de constater que j’avais tout de suite ma place chez les adultes.
–Quelles sont les qualités à posséder, selon toi, pour être une bonne freerideuse ?
Etre assez polyvalente, en termes de technicité notamment. Les juges nous demandent d’être posés techniquement, de contrôler notre ski ou notre snowboard, de savoir être fluide, de trouver une ligne cohérente (qui ne nous met pas en danger ou qui est plutôt originale)…
Le petit plus, qui vient avec l’expérience, c’est de savoir également correctement repérer la face en question, avec les conditions de neige. Par exemple, on doit être en mesure de comprendre qu’à gauche, les conditions seront davantage glacées ou dures, et que cela ne sera pas très cohérent d’y aller, tandis qu’à droite on va pouvoir jouer avec le terrain.
Il faut avoir l’intelligence de créer une ligne par rapport à ce que l’on sait faire.
Il y a donc tout un panel de clés à posséder, que l’on acquiert qu’avec l’expérience.
Cela demande donc de la patience, c’est vraiment une grosse qualité (sourire) !
Anna Martinez, une belle régularité sur le Freeride World Tour
–Comment juges-tu tes résultats sur le Freeride World Tour par rapport à tes objectifs sportifs ? Quels objectifs sportifs as-tu d’ailleurs défini ?
Quand je suis sur une compétition, j’essaie de ne pas penser aux résultats mais juste de viser une bonne performance, en assumant la ligne que j’ai choisie et en la descendant correctement.
Les résultats seront ensuite une conséquence de ma performance.
Cela a plutôt bien marché en 2024 puisque j’ai réussi à monter sur le podium à chaque épreuve.
Au-delà de ma troisième place mondiale, je pense que cette régularité constituait ma plus grande fierté, avec en plus une victoire. Etre super régulière est d’ailleurs l’un de mes gros objectifs dans ma carrière. En cette saison 2025, je souhaitais monter le curseur et conserver cette constance, en incluant davantage de victoires et en visant le titre de championne du monde.
Les choses ne se sont passées comme prévu, mais j’espère bien obtenir ce titre mondial très prochainement, en étant la plus régulière possible.
–As-tu des sources d’inspiration chez les riders ?
Mon coach Greg est une inspiration, il m’a apporté toutes les clés pour aimer ce que je n’aimais pas normalement. J’ai vraiment pu faire un gros bond en avant grâce à lui.
Marion Haerty, qui a été quatre fois championne du monde, demeure une grosse source d’inspiration en termes de palmarès. En tant que rideuses, on cherche toutes à avoir ce même palmarès, cela donne envie. En règle générale, je ne suis pas trop quelqu’un qui essaie de copier ou d’envier les autres, j’essaie d’avoir ma propre carrière et mon propre style. Je ne regarde pas forcément à côté… Je dirais donc que ce sont un peu plus les personnes qui m’entourent et qui m’aident à aller de l’avant qui m’inspirent.
Le crossfit comme allié
–Comment se déroulent globalement ta préparation physique et tes entraînements ?
Depuis 2021, j’ai commencé une préparation physique plutôt tournée vers le crossfit. Je travaille avec un préparateur physique, qui m’aide à faire une programmation personnalisée pour le snowboard freeride. Je m’entraîne toute l’année, les choses étant beaucoup plus poussées en été et en automne. Je vais alors m’entraîner quatre à cinq fois par semaine, que ce soit en salle de crossfit ou en extérieur (via la course à pied ou les randonnées par exemple). Pendant la saison d’hiver, j’ai beaucoup moins de disponibilités. Je n’ai pu aller peut-être que quatre fois à la salle, cet hiver, puisque nous étions tout le temps en déplacement et sur les compétitions. La préparation physique est donc plus difficile à gérer en hiver, j’essaie donc de bien me préparer avant.
A côté de cela, je vois depuis trois ans une sophrologue, dans le cadre de ma préparation mentale. J’essaie de débuter dès l’automne, et je continue à la voir régulièrement en hiver.
–Comment concilies-tu tes études et ta carrière de snowboardeuse ?
C’est un peu compliqué (sourire). J’ai commencé un Master en STAPS, à Lyon. Ils proposent des horaires aménagés pour les sportifs, au final nous sommes juste dispensés d’assiduité. Nous avons donc le droit de rater les cours autant qu’on le veut pendant l’année, mais c’est ensuite à nous de rattraper tous les cours comme on peut. Depuis la fin des compétitions de snowboard fin mars, je consacre donc mon temps à tout rattraper, pour mes prochains examens. Il faut être assidue !
Mon Master est orienté autour de la préparation physique, préparation mentale et réathlétisation, ce que j’expérimente déjà en tant qu’athlète. Je ne réfléchis pas encore beaucoup à mon après-carrière, mais j’aimerais clairement rester dans le haut niveau. Pourquoi pas suivre des athlètes pour les préparer, et puisque le freeride va normalement entrer en Fédération, pourquoi ne pas devenir la préparatrice physique de l’équipe de France ?
–Te projettes-tu déjà sur la saison 2026 et comment l’abordes-tu ?
Même si les compétitions sont terminées, les stations sont toujours ouvertes donc nous essayons avec mon coach de poursuivre les entraînements, pour gagner de la marge sur l’année prochaine. Après chaque saison, je fais toujours un bilan de ce qui a été bien et ce qui a été moins bien. Je sais déjà les clés qui m’ont manqué et cela me booste déjà, pour la saison 2026, de savoir ce qu’il faut que je travaille. Je prends actuellement le temps de me reposer et ne plus trop penser à la saison achevée. La passion prend toutefois le dessus et j’ai déjà envie d’être à l’année prochaine, pour prendre ma revanche après cette saison très frustrante au vu de mes résultats.
–Un message à faire passer aux lecteurs du blog, pour conclure cette interview ?
Si des jeunes veulent se lancer dans le freeride, je leur conseillerais d’être vraiment patients. Nous ne sommes pas un sport où la carrière des athlètes s’achève à 25 ans, loin de là ! Au contraire, beaucoup de freeriders voient leur carrière commencer à cet âge.
Je dirais donc aux jeunes d’être patients et de prendre de l’expérience, de surtout conserver le plaisir et de réaliser toujours un bilan de fin de saison pour examiner si le plaisir a été là. Et si oui, qu’ils continuent au maximum !
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Crédit photo de Une : Mia Maria Knoll
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