Journaliste sportif expérimenté, Philippe Lavigne suit l’évolution du windsurf depuis plus de 40 ans. Fondateur de Windsurfjournal.com qu’il gère depuis 2005, Philippe Lavigne s’est confié en interview au blog, sur son parcours !
–Philippe, peux-tu te présenter en quelques phrases aux lecteurs du blog ?
Je m’appelle Philippe Lavigne, j’ai 55 ans, je commence à ne plus être très jeune. Je suis un passionné, tout d’abord de windsurf, ce qui m’a amené au fil des décennies à être également passionné des autres disciplines transversales, nées par la suite. Mon parcours est rythmé par cette passion, si tu n’as pas le feu sacré tu passes en effet à autre chose… Cette passion, au fil du temps, a rythmé l’ensemble de ma vie personnelle et professionnelle. Quand tu as une passion, tu veux travailler là-dedans et je pense que beaucoup de passionnés se retrouveront dans ce que je dis-là. Tu veux prolonger le plaisir le plus longtemps possible, et faire évoluer ton loisir en métier, en te donnant les moyens. Je suis donc un éternel passionné et je ne vois pas comment le feu sacré pourrait disparaître. Parfois le feu sacré a diminué d’intensité mais il s’est ensuite ravivé, grâce notamment aux autres pratiques que sont le kitesurf, la wing et aussi le stand up paddle, qui a été une parenthèse intéressante. J’ai une vie professionnelle et personnelle qui a été très rythmée. Je voulais en effet me donner les moyens de faire quelque chose qui me plaisait, peut-être pour sortir d’une vie un peu conforme.
– De quelle manière es-tu tombé dans le monde des sports de glisse ?
Cette découverte des sports de glisse s’est faite à la fin des années 1970. A l’époque, il n’y avait pas « des » sports de glisse, mais un sport de glisse : le windsurf, ou la planche à voile comme on l’appelait à l’époque. Mes parents avaient une résidence secondaire du côté du Brusc, à Six-Fours-les-Plages, où je passais tous mes étés durant deux mois. J’ai vu, tout gamin sur la plage, les premières planches à voile qui arrivaient et l’avènement de ce sport, qui a pris des proportions hallucinantes en quelques années. C’est mon père qui s’y est mis en premier dans la famille. A l’époque, les gréements enfants n’existaient pas, j’ai malgré tout voulu essayer mais les gréements étaient trop lourds. Autant que je m’en souvienne, j’ai commencé à tirer mes premiers bords en planche à voile en 1979, à 9 ans. J’ai presque envie de dire qu’il faut avoir vécu cette période pour la connaître, c’était tout simplement incroyable. Au-delà d’un sport, on vivait un véritable phénomène de société, c’était le début des sports outdoor. L’émulation était par ailleurs impressionnante, avec derrière ce qui a pu se passer avec le funboard, les petites planches, les navigations dans le vent fort… et un sport qui a été en pleine mutation. Pour résumer, mon père m’a mis à la planche, j’ai accroché et je n’ai jamais arrêté !
Ensuite sont venus les autres sports, et j’étais aux premières loges en travaillant chez Wind Magazine. J’ai ainsi vu dès 1995 les premiers balbutiements du kitesurf, avant que cela ne décolle véritablement en 1997-1998. J’ai également vécu en avant-première l’arrivée du stand up paddle puis de la wing. Ces différents sports sont d’ailleurs nés grâce à la planche à voile.

–Qu’est-ce qui t’as poussé à vouloir devenir journaliste sportif ?
Cela résulte un peu d’un accident. A la fin des années 1980, j’étais à fond dans la planche à voile, je commençais à faire des compétitions et à avoir quelques bons résultats, au niveau de la région de Marseille. A l’époque Wind Magazine avait une rubrique qui s’appelait La Gazette, qui fonctionnait par régions. Le correspondant local de l’époque (Pascal Laborde, devenu un très bon copain) commençait à lâcher cette rubrique, et je constatais mois après mois que mes résultats n’étaient jamais relayés dans La Gazette. J’ai donc envoyé un courrier chez Wind, qui m’a informé que Pascal allait effectivement arrêter cette rubrique. Wind m’a donc recruté, cela s’est donc fait sur un accident et une démarche il est vrai un peu égoïste…
Je me suis alors piqué au jeu, cela m’a permis de toucher à tous les pourtours de la pratique sportive : la vie des clubs, les compétitions… En tant que correspondant régional Wind Magazine, tu endosses une casquette qui fait que tu échanges avec de nombreux interlocuteurs, et qui permet de se construire un réseau. Je n’avais pas une volonté farouche, au fond de moi, de devenir journaliste, cela s’est fait un peu par hasard.
L’exercice de style m’a cependant plu au fil du temps. J’ai encore pris part durant deux ans à des compétitions. J’ai continué cette collaboration car je prenais beaucoup de plaisir, je parlais du sport que j’aimais et j’évoluais dans la région dans laquelle je pratiquais.
C’était super !
–Tu as débuté au sein de Wind Magazine en 1989, une collaboration que tu as prolongé jusqu’en 2000. Quelles étaient tes missions jusqu’à cette date, en dehors de la Gazette ?
La Gazette m’a donné un poste de pigiste, avec deux feuillets tapés à la machine et envoyés par fax. Les hasards de la vie et des rencontres ont fait que Thierry Seray, à l’époque photographe-journaliste pour Wind et qui habite du côté d’Aix-en-Provence, avait fait appel à moi pour un sujet autour de l’île de Porquerolles. L’équipe de tests de Wind Magazine venait par ailleurs régulièrement faire des tests près de chez moi, et étant estampillé Wind, ils ont commencé à me solliciter. J’ai commencé à mettre vraiment un pied dans la rédaction de Wind Magazine en 1993, si mes souvenirs sont bons. J’ai alors fait la première session d’un Spécial Tests, dont le numéro sortait au printemps. A l’époque tout se mettait en action dès le mois d’octobre-novembre, on partait au Cap-Vert pour la partie vagues et un peu freewave. Cela se finissait souvent à Tarifa en janvier, avec le matériel de freeride et de slalom, pour ensuite boucler un numéro qui sortait courant mars.
Cette collaboration avec Wind s’est étoffée au fil de rencontres et d’un lien de confiance qui s’est établi, entre la rédaction et moi-même. Les dirigeants m’avaient dit que si un jour il y avait une place libre, ils penseraient à moi. Ce n’était pas une promesse, je n’y croyais pas vraiment. Un soir, je suis rentré et j’avais un message sur mon répondeur de téléphone fixe, qui m’informait qu’une personne allait partir de chez Wind.
En 15 jours, j’ai fait mes bagages et je suis monté à Paris, en septembre 1996.
J’ai à ce moment changé de statut, je n’étais plus un pigiste régulier mais véritablement un salarié du magazine. Les missions étaient celles d’un journaliste tout-terrain, cela passait par des missions d’enquête (avec des sujets par exemple sur le marché du windsurf), à des déplacements sur des compétitions. J’étais également assistant de Benjamin Bard, Monsieur Tests chez Wind Magazine. A l’époque nous composions un magazine tous les mois, ce qui était quand même un sacré rythme !

–Certains champions ou championnes de windsurf t’ont-ils fait rêver plus jeune ?
Je ne me suis pas vraiment transposé à quelqu’un, en revanche une personnalité dans les années 1980 – où il y a véritablement eu le boom du funboard – est vraiment sortie du lot : Robby Naish. Il demeure encore aujourd’hui, à mon sens, une vraie icone. Ayant fait le deuil de la compétition à plus haut niveau, il n’y a pas vraiment de riders qui me faisaient rêver. J’étais en revanche davantage captivé par le lifestyle général. Certains gars me faisaient rêver au travers de leur style de vie. Cela étant dit, comme tous les gens de ma génération, des gars comme Erik Thiémé, Robert Teriitehau, Robby Naish m’ont fait vibrer. J’ai toutefois été davantage enthousiasmé par le sport et ce qu’il pouvait générer en termes d’image et d’ambiance. Je me disais alors : « je veux avoir ce lifestyle et vivre comme ces gens-là ».
– Quelles sont les interviews ou les reportages qui t’ont le plus marqués au sein de Wind ?
Il y a eu des rencontres plus que des reportages ou des interviews. A une époque, dans le courant des années 1990, où des gens marquaient de leur empreinte le windsurf, j’ai été bluffé notamment par Björn Dunkerbeck. On lui avait proposé d’être le rédacteur en chef d’un numéro de Wind Magazine, il s’était prêté au jeu et était venu passer un week-end avec nous. Nous avions d’ailleurs été naviguer au Lac de Monteynard avec lui. Björn m’avait énormément – et agréablement – impressionné. Il donnait à l’époque cette image de Terminator, qui était là pour la performance, et nous avions rencontrés en fait un mec vraiment sympa. Sur la fin de ma collaboration avec Wind Magazine, avant que je ne quitte la rédaction, j’ai en outre été marqué par un trip. J’étais parti à la découverte de Madagascar, et notamment d’un Français qui ouvrait un centre à l’extrême sud de l’île, à Fort-Dauphin. Mon séjour avait été organisé avec le tour operator Sport Away. Christophe Gauthier, qui évoluait au sein de cette agence, m’avait proposé de l’accompagner pour voir comment un tour operator découvre une destination et décide de la mettre à son catalogue. J’avais pris une claque personnelle. On arrivait en effet en bons Occidentaux, et on côtoyait des gens qui n’avaient pas grand-chose, mais qui étaient sans doute plus heureux que nous.
Ce voyage m’avait vraiment marqué, interpellé. On voyait que les préoccupations des gens et que le style de vie étaient tout autres. J’ai eu pourtant la chance de beaucoup voyager, mais souvent dans des endroits très civilisés et un peu européanisés.
Mon parcours professionnel s’est également nourri de supers moments avec plein de gens, de tellement de belles rencontres que je ne peux pas en faire ressortir une en particulier. C’est le propre du windsurf, on est amenés à côtoyer de belles personnes et aux parcours inspirants.
– Tu as ensuite occupé, entre janvier 2001 et fin 2004, le poste de responsable éditorial de Flysurf.com, site Internet lié au kitesurf. Que retiens-tu de cette expérience ?
J’ai effectivement basculé de Wind Magazine à Flysurf.com, j’avais envie de passer à autre chose. J’avais le sentiment que le windsurf tournait un peu en rond, le kitesurf arrivant comme une bouée de fraîcheur et de nouveauté. A l’époque, chez Wind, j’étais un peu le vilain petit canard, je commençais à m’intéresser au kite. Je sentais qu’il y avait quelque chose qui était en train de se passer… Le windsurf sortait de trois décennies de développement, le sport se cherchait un peu et le kitesurf est alors arrivé à point nommé.
Au même moment, un copain – Lionel Hassine – a décidé de monter un site/forum sur Internet, Flysurf.com. J’avais le sentiment d’avoir bouclé la boucle avec Wind, d’être allé au bout de ma passion. Le kitesurf, un nouveau sport, s’est présenté et j’ai vécu avec le kite ce que j’avais vécu avec le windsurf, 20 ans plus tôt. Lionel m’a proposé assez rapidement de le rejoindre au sein de Flysurf.com, pour animer le site web. Il appréciait le fait que je savais écrire, que je m’intéresse au kitesurf et que j’avais le réseau. Flysurf.com, au départ un forum, a très rapidement pris un tournant e-commerce. J’ai appliqué ce que je savais faire pour Wind Magazine papier, à ce site Internet. Flysurf.com a grandi et j’étais aux premières loges d’un sport naissant. Toutefois, à la différence du windsurf et de Wind Magazine papier, avec Internet, s’il se passait quelque chose à Hawaii, 24h après toute la planète était au courant. Cette aventure Flysurf.com a généré une nouvelle passion, pas simplement la passion d’Internet mais celle des outils de communication.
Mettre au service d’un nouveau sport mes compétences acquises sur le papier, sur un nouveau support interactif tel que l’était Internet, a constitué une expérience fantastique.
En ce début des années 2000, nous faisions d’ailleurs des chats avec des champions à l’autre bout de la terre, qui donnaient des conseils. Les gens en étaient friands et l’audience du site a explosé. Je me régalais car j’avais un savoir-faire en termes de boulot, que je mettais en application sur le support Internet. J’ai passé 4 années à faire vivre Flysurf.com, avec des missions multiples. Je n’étais pas seulement un journaliste « classique », j’animais le forum – qui était un prémice des réseaux sociaux – en interagissant avec les gens. Nous étions libres de notre ligne éditoriale, nous organisions des interviews et relayions des bouts de vidéos à une époque où Youtube n’était pas encore sorti de terre… C’était un peu « La conquête de l’Ouest », pour Internet et pour le kite en même temps !
Cela reste une période professionnellement folle, j’avais les neurones qui travaillaient en permanence…
Avec tout le respect que j’ai pour la presse papier, au bout de 4 ans de salariat chez Wind, j’ai d’ailleurs commencé à m’embêter parce que je voyais bien que la presse papier ronronnait un peu. On ne laissait pas la place à de la nouveauté, privilégiant les fameux « marronniers ».
En ce qui me concerne, l’arrivée d’Internet a donc permis de laisser libre cours à ma créativité. Dans le métier de journaliste, il y a beaucoup de « jus de cerveau » mais tu peux vite faire le tour de certains sujets. Les outils à ta disposition peuvent alors te permettre de redonner vie à ta créativité, et Internet a été de ce point de vue un rebooster fantastique.

– En février 2005, tu as fondé le média Windsurfjournal.com, qui vient donc de fêter ces 20 ans il y a peu. Peux-tu revenir sur la genèse de cette belle aventure ?
Peu de gens en dehors de mon entourage proche connaissent l’histoire, je pense que je peux le divulguer aujourd’hui. Tu le sais comme moi, en étant journaliste on est présents dans un sport et on voit les tendances se dessiner rapidement. Au bout de trois-quatre ans, j’ai vu que le kitesurf partait dans les mêmes travers que le windsurf. Quand le kite est né, on se disait que c’était super simple, avec une planche, une aile, une barre et des lignes. Les marques sont ensuite rentrées dans une hyper-spécialisation, et le sport est devenu de plus en plus compliqué. Et puis windsurfeur un jour, windsurfeur toujours ! Je jetais toujours un œil au monde du windsurf, et je me suis dit que ce que je faisais avec Flysurf.com –avec une audience et même, le Graal, une communauté – n’existait pas en windsurf.
J’ai donc eu l’envie de produire de l’info pertinente autour d’un sport-passion, ce qui allait inévitablement intéresser du monde.
Chez Flysurf.com, les chiffres de croissance étaient tels qu’aucun autre projet n’a pu voir le jour, et j’ai donc réfléchi à l’idée de mettre en place mon propre site.
Wind ayant été une partie de ma vie, j’ai cependant décidé d’aller rencontrer les Editions Nivéales à Grenoble et de leur proposer de créer un site, traitant du windsurf sur Internet. J’ai reçu une cordiale fin de non-recevoir, de gens qui étaient formatés presse papier et qui ne voyaient alors pas Internet arriver, comme je le constatais depuis 1999-2000. Je voyais bien qu’Internet était en train de monter en puissance…
J’ai alors réalisé que s’ils n’y croyaient pas et que je me lançais, nous allions devenir concurrents – alors que j’avais un lien affectif avec Wind – mais j’ai néanmoins décidé de foncer. En février 2005 ma boîte était montée, et le 20 mars 2005, Windsurfjournal est né.
SUPjournal.com est ensuite né en 2009 (arrêté en septembre 2024), Kiteboardjournal a été créé en 2014 et stoppé en 2018. Quant à Wingsurferjournal.com, il a été fondé en 2020.
– Quelles ont été les principales évolutions sur ton site internet Windsurfjournal ?
Un site Internet demeure un chantier permanent, sur lequel on fait évoluer des choses. Quand Youtube est arrivé, cela a demandé de pouvoir intégrer des vidéos sur les sites web, ce qui n’était pas si facile que ça. Aujourd’hui, un lien embed est intégrable de manière extrêmement simple, à la différence d’il y a une bonne dizaine d’années en arrière.
Windsurfjournal a suivi une évolution technique sommes toutes classique, comme beaucoup de sites internet. J’essaie de rendre les choses plus limpides au niveau de l’ergonomie. L’évolution majeure –faite il y a plusieurs années – ayant été de le rendre responsive, c’est-à-dire parfaitement lisible sur un téléphone, qui représente 50% des audiences.
Je pourrais aller plus loin avec une application, mais ce n’est pas dans mes projets.
L’évolution éditoriale reste, elle, toujours en « work in progress », la remise en question est permanente de ce côté-là.
Concernant la ligne éditoriale, je dirais que l’important est de rester en éveil concernant les attentes des lecteurs, tout en essayant de faire rêver.
– De quoi es-tu le plus fier par rapport à ces 20 ans de Windsurfjournal ?
Je suis fier des 20 ans, déjà ! S’il y a des chefs d’entreprises qui nous lisent, ils savent combien c’est compliqué (sourire). Dans le contexte actuel, je ne vais pas cacher que j’ai failli arrêter plus d’une fois. C’est donc une petite fierté d’être là depuis 20 ans, cela pose une histoire. Je me considère toujours comme un spectateur privilégié. Je garde aussi un souvenir de quelque chose que j’avais réalisé en 2008, lorsqu’Antoine Albeau avait battu le record du monde de vitesse (49,09 nœuds) sur le canal des Saintes-Maries-de-La-Mer. A l’époque, je faisais ce que j’appelais un live, et qui correspondait à une petite fenêtre pop-up sur le site, avec du texte et des photos. J’avais passé 10h au bord du canal, avec une mauvaise clé 3G, branché à mon ordinateur dans la caravane de chronométrage.
C’était une journée totalement folle, avec une audience historique de plus de 30 000 visiteurs uniques en une seule journée !
C’était alors une fierté car j’avais le sentiment qu’Internet rentrait dans la cour des grands, que l’on pouvait faire vivre des moments forts à sa communauté, même en temps réel. J’étais au bon endroit au bon moment, avec des outils qui fonctionnaient bien. J’en garde un superbe souvenir !
Je fais tout cela pour le sport, j’ai toujours cette passion qui m’anime et je me dis que le windsurf gagne encore à être connu, pour ce qu’il est et ce qu’il a amené au fil du temps.
Je suis un journaliste « vieille école » et j’avais appris auprès de Pierre Bigorgne, chez Wind, que « les hommes passent et les titres restent ». Le journaliste doit rester au service du support et de la promotion du sport.

– Qu’est-ce qui te plaît le plus dans ce métier de journaliste pour Windsurfjournal, et également Wingsurferjournal.com ?
Comme je l’ai dit, je trouve extrêmement intéressant d’être dans un rôle de spectateur privilégié. Le wingfoil demeure un sport en pleine évolution, c’est agréable de le voir prendre différentes trajectoires. Pour Windsurfjournal, je suis content d’avoir pu poser quelque chose en termes de patte éditoriale. Aujourd’hui, j’ai autant de plaisir de faire un résumé d’une compétition iQFoil qu’une épreuve de vagues à Ho’okipa, de faire une interview d’un champion que celle d’un inconnu passionné. Cela permet de rester frais, ouvert, curieux et de voir tout ce que le sport a encore à offrir, et ce qui fait sa richesse.
Je suis très attaché à la dimension sportive, ou à la performance, par opposition à l’éphémère, souvent exacerbé par les réseaux sociaux. Le résultat sportif est souvent le fruit d’un travail, et généralement cela va se perpétuer dans le temps. Cela mérite donc de s’y intéresser. Je me rappellerai toujours de Tristan Algret – qui fait partie de l’organisation de la prochaine PWA Guadeloupe – qui m’avait demandé, lors d’une AFF, pourquoi je ne parlais jamais de lui. Je lui avais répondu que je le mettrais en avant dès qu’il ferait un résultat. A un moment, il avait signé un podium en PWA, en Turquie. Dans les deux heures, je lui avais envoyé un message et nous avions fixé une interview…
Je ne souhaite par ailleurs pas « créer » des champions trop tôt, cela entraîne des désillusions et il y a des parents qui fondent énormément d’espoirs sur leur enfant. Nous avons le devoir, en tant que médias, de ne pas trop vite s’enflammer mais de pousser les jeunes au bon moment, tout en ne ratant pas les gens qui, sportivement, le méritent.
– Quels objectifs t’es-tu fixé pour 2025 pour tes sites, en termes d’audiences par exemple ?
Pour être honnête, je n’ai pas véritablement d’objectifs. Tenir la barre du bateau et maintenir le cap est déjà une bonne chose, dans ce contexte actuel. Il y a quelques années, j’arrivais à avoir une vision à 5 ou 10 ans, ce n’est plus le cas désormais. Nous sommes un petit marché, et il y a parfois un décalage entre ce que l’on voudrait et les moyens disponibles. Je me laisse plutôt porter par l’évolution de ce sport et par l’intérêt des pratiquants. Ma veille me donne par ailleurs des axes éditoriaux.
Concernant l’audience, mon site Windsurfjournal est passé par des hauts et des bas depuis 20 ans à ce niveau-là. Aujourd’hui, il y a environ 3 000 à 4 000 visiteurs uniques par jour sur le site, et 50 000 par mois.
Depuis la période du Covid, j’ai eu l’idée de faire des déclinaisons, en anglais, des articles français (un petit drapeau redirige vers la traduction). Les statistiques actuelles montrent que, dans le Top 3 des pays visiteurs, on retrouve les Etats-Unis. Cela m’a interpellé, les Etats-Unis ne sont pas réputés pour avoir énormément de pratiquants, mais je pense qu’il y en a eu beaucoup à une époque et qu’ils s’intéressent toujours au sport.
– Quelque chose à ajouter ?
Je remercie tous les gens qui ont pris l’habitude de se connecter à Windsurfjournal.com depuis 20 ans ! Cette audience me permet d’aller vendre le concept à des annonceurs. Merci également à ceux qui me soutiennent depuis toujours, et qui me font des dons sur le site via « Buy me a coffee » ou qui ont pris un abonnement. Cela met un peu de beurre dans les pâtes ! Merci aussi à ceux qui sont là au quotidien, j’ai une pensée pour ma famille. Mon ordinateur ne me quitte jamais, je pars en week-end en famille avec mon portable, car je peux être amené à me lever tôt pour faire le résumé de la compétition de la veille…
En tant que journaliste, tu es toujours dans l’action, tu dois parfois gérer une info qui tombe au moment où tu t’y attends le moins. Cela m’a toujours plu, mais cela demande de la compréhension de la part des personnes qui t’entourent. J’ai donc une pensée pour mon épouse Sabine et ma fille Lou, elles vivent avec un passionné qui n’est pas toujours disponible pour elles, car je suis toujours occupé !
J’ai conscience d’être un privilégié en évoluant dans un univers qui me plaît, ce qui n’est pas à la portée de tout le monde. La passion est toujours là, je la vis différemment car je pratique moins. Je suis le windsurf depuis plus de 40 ans et sa vivacité me laisse pantois. Ce sport continue de se réinventer, il est ancré, même s’il n’est plus sous le feu des projecteurs. Il ne reste pas grand-chose pour rallumer une étincelle, j’espère être un petit maillon de la chaîne.
Un jeune qui va faire un stage de planche à voile peut ensuite, grâce à Internet, devenir un passionné et c’est ça qui est important !
Pour plus d’informations sur les contenus de Windsurfjournal, rédigés par Philippe Lavigne:
https://www.windsurfjournal.com/
https://www.instagram.com/windsurfjournal/
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Crédit photo de Une : Chrystèle Escure
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