Tombé tout jeune dans les sports urbains, Guillaume Colin (41 ans) a par la suite été pris de passion pour l’univers des sports de glisse nautiques. Le Montpelliérain a vu en 2015 un accident de planeur chambouler sa vie, le rendant paraplégique. Guillaume Colin s’est relevé, grâce notamment à la découverte du para surf, le moteur de sa reconstruction. Une discipline dans laquelle le Français brille aujourd’hui, avec un titre de champion du monde en individuel (et un par équipe) obtenu en 2024. Egalement pratiquant de para wingfoil, Guillaume Colin s’est confié sur son parcours, en interview pour le blog !
– Guillaume, peux-tu te présenter en quelques phrases aux lecteurs du blog ?
Je m’appelle Guillaume Colin, j’ai 41 ans. J’ai toujours été un sportif, en particulier concernant les sports de glisse. J’ai débuté les sports urbains à mon adolescence. C’était facile de mettre les rollers, de prendre le skate ou le BMX et d’avoir des sensations de glisse dans la rue. Par la suite, quand j’ai été autonome en ayant le permis de conduire, j’ai rapidement pratiqué les sports de glisse nautiques. Je me suis mis à la planche à voile pour commencer, puis au surf et au kitesurf. Plus ponctuellement, en hiver, j’étais également fan de ski et de snowboard. J’ai eu un accident de planeur en 2015, dans les Alpes, qui m’a rendu paraplégique. A partir de ce moment, j’ai redécouvert les sports de glisse sur des supports différents. J’ai à nouveau pratiqué le surf, mais dans une position assise, et plus récemment (il y a moins de 2 ans) le wingfoil. J’ai ainsi adapté le support, pour retrouver ces sensations que j’avais en planche à voile il y a 20 ans, et qui me faisaient vibrer.
Côté professionnel, je suis ingénieur de formation, j’ai 16 ans d’expérience en entreprise dans la construction. J’ai évolué en tant que chef de projet puis directeur de bureau d’études. J’ai récemment changé de voie, je me suis mis à mon compte et j’interviens désormais en entreprise, en tant que conférencier et conseil auprès des entreprises.
– Dans quelles circonstances as-tu débuté les sports de glisse nautiques ?
Quand j’étais petit, mes parents m’offraient des stages d’été sur de l’Optimist, de l’Hobie Cat et en planche à voile. Lorsque j’ai eu 18 ans, je me suis davantage investi dans la planche à voile. Tout planchiste sait le déclic que le premier planing procure, lorsque la planche déjauge et que l’on atteint cette vitesse… C’est vraiment une autre dimension, et à partir de là on est clairement accroché à ce sport ! C’est de cette façon que j’ai commencé, autour de chez moi, près de Montpellier. La planche était également un peu une échappatoire. Je préparais en effet, à cette époque, les concours d’ingénieur. Je travaillais beaucoup en prépa, je m’étais fait un programme de révisions les mois avant les concours, au printemps-début de l’été. Je me souviens que mon programme s’arrêtait systématiquement à 17h, tous les jours. Après ça, je passais le reste de la journée à m’évader et à aller faire de la planche à voile ! C’était mon moyen de décompresser après une grosse journée de révisions.
–Tu l’as dit, tu as subi un accident en 2015 qui t’a rendu paraplégique. Le sport a-t-il agi alors comme un moyen de reconstruction ?
C’est exactement ça, le sport a été le moteur principal de reconstruction après mon accident. Je suis sportif dans l’âme, c’est ça qui me fait vibrer.
Il y a eu une longue période de questionnement après cet accident, sur le fait de savoir si j’allais pouvoir refaire du sport, et quel sport. J’ai eu une phase un peu difficile d’acceptation et de projection. Après ma sortie du centre de rééducation, j’ai vécu une période où j’ai testé énormément de sports.
C’était super enrichissant, je me suis rendu compte que de nombreuses choses étaient possibles. J’étais par ailleurs auparavant un bon basketteur, j’en ai fait pendant 10 ou 12 ans. J’ai forcément essayé le basket fauteuil, mais j’ai alors ressenti une énorme frustration. Je connaissais les sensations d’un basketteur valide qui sautait, qui était très aérien, et là j’avais des sensations complètement différentes, sans pouvoir lever les fesses du fauteuil. Le basket fauteuil est un sport génial, mais personnellement cela me frustrait.
J’ai ensuite essayé plein de choses, le tennis fauteuil ou même l’escalade alors que je suis paraplégique. J’ai repris la voile, en équipages ou en petite embarcation Miniji.
Petit à petit, j’ai voulu me remettre à des sports à sensations et de glisse, et j’ai alors découvert le para surf. J’ai eu la chance d’être inspiré, durant ces phases de questionnement, par un champion de para surf brésilien, Felipe Lima, qui a à peu près le même handicap que moi. Je l’ai découvert sur Youtube lors de ma phase de convalescence. Je ne connaissais pas encore le para surf, j’ai vu ce que ce Brésilien était capable de faire et cela m’a mis des étoiles dans les yeux !
Mon but initial n’était pas d’atteindre son niveau, mais cette découverte m’a ouvert le champ des possibles, elle m’a permis de voir que l’on pouvait faire des choses avec énormément d’aisance et de plaisir. Cela a été un énorme moteur.
A partir de là, après ma sortie du centre de rééducation, je me suis impliqué dans le para surf. J’ai appris, cela a été une vraie aventure. Cette progression m’a permis, des années plus tard, de rencontrer ce champion qui m’a inspiré, lors d’évènements internationaux. Felipe est devenu un ami, et petit à petit j’ai réussi à le titiller sur les compétitions, puis à le battre plusieurs fois et, aujourd’hui, être champion du monde de para surf.
– Comment en es-tu justement venu à participer à des compétitions internationales de para surf ?
Je pense que dans le para surf – un sport de niche – la première barrière pour être connu et reconnu par les Fédérations nationales, c’est « juste » – je le mets entre guillemets parce que c’est en réalité une véritable aventure – se lancer et aller à l’eau. Traverser la plage en fauteuil roulant peut parfois être compliqué, par exemple dans les Landes où tu as des dunes énormes et 300m de sable mou à traverser…
Une fois que cet obstacle est franchi, tu peux également te retrouver dans des éléments un peu durs. Cela demande donc une envie et un engagement.
Nos sports sont très peu représentés ou pratiqués, nous sommes finalement une petite famille et quand tu rencontres les bonnes personnes, les choses sont facilitées. J’ai pour ma part été accueilli à bras grands ouverts, pour partager mon expérience et mon apprentissage du waveski, ou du para surf. Je surfe ainsi en position assise, avec une pagaie de kayak. Les choses sont un peu spécifiques, ma catégorie est portée à la fois par la Fédération de kayak et la Fédération de surf. J’ai été chaleureusement accueilli des deux côtés. J’ai fait marcher mon expérience d’avant l’accident concernant la glisse, et mon engagement à retrouver des sensations. J’ai progressé assez rapidement et j’ai été repéré par les deux Fédérations. Au début, j’ai participé à des compétitions départementales, puis régionales, nationales et ensuite internationales.
– Après une médaille d’argent individuelle en 2022 et un titre collectif en 2023, tu es devenu champion du monde de para surf en novembre 2024, à Huntington Beach. Qu’as-tu ressenti en réalisant que tu avais obtenu le titre mondial ?
C’est difficile de poser les mots, mais c’était un moment suspendu de bien-être. La finale a délivré un scénario parfait. J’ai réussi à rapidement prendre deux belles vagues, qui m’ont mises dans une position de leader. Mes trois adversaires étaient combo, il leur fallait au moins deux vagues pour espérer passer devant moi, et j’avais la priorité. J’ai donc passé les cinq premières minutes à obtenir mes deux belles vagues, puis vingt minutes à user de stratégie et à attendre. J’étais dans un climat de sérénité, je savais que j’avais performé dès le début et qu’il n’y avait « qu’à » gérer stratégiquement la priorité, et à prendre la bombe si elle arrivait. Cette ultime vague est arrivée lors de la dernière minute, j’ai d’ailleurs scoré la meilleure note de toute la semaine de compétition, avec un 9,93 sur cette vague. C’était un joli point final pour cette série !
Les vagues n’étaient pas exceptionnelles, c’est le jeu, mais elles étaient très propres, avec un bon mètre de houle. J’ai vraiment ressenti de la zenitude car je gérais cette finale, et ensuite cela a été de la joie partagée avec les autres membres de l’équipe de France, qui m’attendaient et qui exultaient.
J’ai été champion du monde individuel, mais nous avons aussi conservé notre titre mondial par équipe. C’était encore une fois une joie partagée avec toute l’équipe et tout le staff.
– Quels sont tes points forts en tant que compétiteur en para surf ?
Je pense qu’il y a une part de technique, par rapport à d’autres compétiteurs. Quand je revoie les replays des compétitions, et je dis cela de manière humble, je pense qu’il y a un écart de technique avec la plupart de mes adversaires. Je n’inclus pas Felipe Lima alias « Kizu », le Brésilien qui m’a inspiré, qui est toujours sur le circuit et qui est vraiment exceptionnel.
J’ai par ailleurs une bonne lecture de vagues, une bonne sérénité face aux situations et une certaine patience dans le choix de mes vagues, afin d’être sûr de scorer.
– Tu es également pionnier du para wingfoil, tu as d’ailleurs adapté ta planche de wing à ton handicap. De quelle manière arrives-tu à pratiquer ce sport ?
Le para wing a été un mix assez naturel entre mes connaissances emmagasinées avant mon accident, dans tous les sports nautiques, mes connaissances du vent et mes connaissances de la glisse assise que j’ai développées après mon accident, en para surf. L’idée, assez naturelle, était donc de transposer ce que je connaissais du para surf sur une planche de wingfoil. J’ai conçu les idées, j’ai fait des adaptations, en me faisant accompagner par un shaper pour réaliser mes idées sur la board. Les adaptations sont assez simples, j’ai ajouté un petit siège pour me rehausser et avoir les fesses un peu surélevées par rapport aux talons. Je suis complètement sanglé à la board, j’ai les pieds dans les footstraps, je suis assis sur ma petite réhausse en mousse, avec une ceinture ventrale qui me permet de ne faire qu’un avec la board. Le bon calage permet aussi de transmettre les efforts, ayant peu de motricité au niveau du bassin. Je ride assis, je suis donc plus bas qu’un athlète debout, je ne choisis d’ailleurs pas des wings avec de trop grosses envergures. J’utilise des wings de 3m2, 4m2 et 5m2 de manière générale.
– Tu as participé au fameux Défi Wing en 2024, comment ça s’était passé pour toi ?
Le Défi Wing était un challenge que je me suis lancé, et j’aime aller à ce genre d’évènements liés au surf ou à la wing. Il y a en effet toujours une bonne ambiance, ce sont toujours de supers moments pour rencontrer les gens. C’était mon objectif numéro 1 en allant sur le Défi Wing, mon objectif numéro 2 étant de participer à des manches.
J’ai fait 4 ou 5 manches sur 7, j’étais content d’avoir réussi à boucler toutes mes manches.
J’étais content car cela ne correspond pas au format de course que je pratique habituellement. On est d’ailleurs peu de manière générale à pratiquer ce genre de format, avec de longs bords de 10km.
J’ai réalisé ces manches sans harnais, ce qui était un peu compliqué avec les vents un peu forts (plus de 35 nœuds de vent). J’étais satisfait de mes prestations et je me suis réinscrit pour le Défi Wing 2025 (qui aura lieu du 26 au 28 mai à Gruissan, ndlr). Cette fois-ci j’aurai un harnais, je l’ai un peu bricolé pour que ce soit adapté à ma position.
– Cette année, tu as notamment été le parrain de la Roca Cup 2025, organisée par la championne Flora Artzner. Tu y as d’ailleurs donné une conférence, en quoi consistait-elle ?
La Roca Cup est organisée à l’Almanarre, et utilise une partie d’un terrain appartenant à l’hôpital Léon Bérard, spécialisé dans la rééducation. Dans le cadre de ce partenariat, l’hôpital avait un stand sur l’évènement et faisait venir des patients sur site, pour leur faire découvrir la manifestation. Mon intervention était ouverte à tous, il s’agissait d’une conférence inspirationnelle qui avait pour but de montrer que, quel que soit ce qui animait le public, il y avait toujours quelque chose qu’il était possible d’accomplir.
J’aime bien donner ces conférences, j’ai moi-même été inspiré il y a 10 ans par ce champion brésilien. Partager aujourd’hui mon parcours et pouvoir donner un peu d’espoir ou d’inspiration à d’autres, c’est quelque chose qui m’anime.
– Quels sont tes objectifs sportifs et extra-sportifs à venir ?
Côté surf, je souhaite continuer à essayer de performer et de participer aux compétitions
Le sponsoring n’est pas suffisant pour participer à toutes les étapes du Tour mondial par exemple, mais j’attends de savoir quand et où auront lieu les prochains Championnats du monde. Nous viserons un nouveau titre mondial par équipe, et j’essayerai évidemment de conserver mon titre mondial individuel.
Pour la Wing, l’objectif est de participer à des évènements conviviaux, comme l’était la Roca Cup. Le prochain évènement est désormais le Défi Wing, fin mai.
Je souhaite également pousser au développement de cette nouvelle discipline qu’est le para wingfoil, avec les clubs, les associations, les Fédérations. Les choses commencent à bouger, avec des stages d’initiation qui se construisent.
Le but est aussi d’encourager les marques à développer du matériel. Aujourd’hui, il n’y en a pas, à moins de le bricoler comme je l’ai fait. C’est un frein au développement de la pratique.
Côté professionnel, je souhaite développer cette nouvelle activité que je viens de lancer, celle des interventions en entreprise en tant que conférencier. J’y partage ce que j’ai appris de mon parcours de reconstruction, entre résilience, adaptation et performance. Et je transforme cette expérience en terrain d’échange qui fait écho aux valeurs des entreprises.
– Un message à faire passer aux lecteurs du blog, pour conclure cette interview ?
Je vais m’appuyer sur mon parcours : ne laissez pas l’imprévu vous arrêter ! Le chemin le plus court est la ligne droite, mais ce n’est pas forcément celui qui mène le plus loin. Mon parcours n’a typiquement rien de linéaire. Quand il y a des embûches ou des obstacles dans la vie de tous les jours, l’adaptation est une force et permet d’aller loin.
Pour suivre les actualités de Guillaume Colin :
https://www.linkedin.com/in/guillaume-colin-8970437/
https://www.instagram.com/gcolin.impact/
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Crédit photo de Une : Fédération Française de Surf (FFS)
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