Interview de Marie Dubois, championne de France de snowkite

Multiple championne de France de snowkite freestyle, Marie Dubois n’était pas prédestinée à évoluer dans cet univers. Née en région parisienne, la jeune femme a laissé parler sa passion et est aujourd’hui ancrée dans le milieu de la glisse. Elle est ainsi professeur de kitesurf au sein de l’école Kite & Wing Spirit, à Raiatea (Polynésie Française), tout en poursuivant sa carrière de snowkiteuse. Marie Dubois s’est confiée en interview pour le blog !

Marie, peux-tu te présenter en quelques phrases aux lecteurs du blog ?

Je m’appelle Marie Dubois, j’ai 32 ans, je suis professeur de kitesurf en Polynésie, à Raiatea exactement. J’y ai ouvert mon école Kite & Wing Spirit l’année dernière. Depuis quatre ans, je vis huit mois en Polynésie en tant que prof de kitesurf et quatre mois à la montagne, pour pratiquer le snowkite. Je m’entraîne aussi pour être professeur de ski. Mon parcours est assez atypique et assez différent de la plupart des athlètes. Je ne suis ainsi pas vraiment née dans une famille de riders, au contraire. Je suis originaire de la région parisienne et les sports de glisse n’étaient pas ce que je pratiquais à la base. J’étais davantage tournée vers l’escalade, la gymnastique, un peu de ski. La glisse ne représentait pas vraiment la vie faite pour moi… Par ailleurs, je suis ingénieure de formation et j’ai ensuite fait plusieurs reconversions professionnelles. Tout d’abord professeur de maths en Polynésie, puis prof de kite.


– Dans quelles circonstances as-tu découvert les sports de glisse ?

Lors de mes études d’ingénieure, j’ai essayé de changer de vie et j’ai réalisé un premier ERASMUS d’un an, en Irlande. J’ai découvert le monde du surf et de la planche à voile. J’ai ensuite profité de mon stage de fin d’études d’ingénieure, pour l’accomplir à Tahiti. C’est de cette manière que je suis véritablement tombée dans les sports de glisse, et que j’ai vraiment découvert ma passion. Les études d’ingénieure et la vie parisienne n’étaient au final pas trop faites pour moi, et j’ai donc commencé à exercer en tant que professeur de maths, dans les lycées en Polynésie. L’enseignement est un univers qui me plaisait beaucoup plus. J’ai également réalisé de nombreux voyages, pour me perfectionner en surf, en kitesurf et en wing. J’en ai par ailleurs profité pour passer un diplôme, celui de l’IKO, afin de devenir prof de kite en République Dominicaine. Concernant les sports de glisse à la montagne, j’en ai fait régulièrement depuis que je suis petite, en particulier le ski et le snowboard.

Marie Dubois en session snowkite
Marie Dubois en session snowkite


– Comment s’est fait ton apprentissage du snowkite ?

C’est grâce notamment à la Polynésie, et au fait d’avoir appris le kitesurf là-bas. Comme j’étais déjà passionnée de ski, j’avais forcément envie de découvrir le snowkite. Pendant mes voyages, j’en ai aussi profité pour apprendre le snowkite avec les Snowkite Camps de Lolo BSD (Laurent Guyot, ndlr), au Col du Lautaret. Suite à cela, j’en ai vraiment fait tous les ans, pendant quasiment toute la saison hivernale, afin de pratiquer au maximum et de me perfectionner dans ce sport.


– Que préfères-tu dans cette discipline ?

Il y a vraiment deux choses que j’aime plus que tout :
– la troisième dimension, qui n’existe pas en kitesurf. L’existence du relief rend la discipline vraiment magique, avec des possibilités infinies, que l’on ne retrouve vraiment pas sur l’eau.
– la liberté, c’est-à-dire pouvoir se balader partout en montagne, loin de la foule et loin des stations. Pratiquer sur de la neige non damée et pouvoir réaliser des vols de pentes, cela procure une belle adrénaline et j’adore cela, surtout au Col du Lautaret !


– Tu as obtenu trois titres de championne de France en snowkite freestyle, t’imposant notamment lors des Snowkite Masters 2024, au Col du Lautaret. Qu’est-ce qui te rend la plus fière concernant ces différents titres nationaux ?

Je me suis donné à fond dans cette discipline, comme je le disais, et c’est pour cela que j’ai ensuite souhaité m’inscrire aux compétitions. Je suis super fière d’avoir gagné trois fois le championnat de France de freestyle, mais je suis surtout très heureuse de pouvoir rencontrer à ces occasions tous les snowkiteurs de France, voire même d’Europe. L’ambiance entre compétiteurs est vraiment géniale et conviviale, nous formons une famille. C’est une famille encore assez petite, et je ne les aurais pas forcément rencontrés en ne prenant pas part à ces compétitions. C’est top de pouvoir profiter de tous ces évènements avec eux !

Marie Dubois, une vie de ride
Marie Dubois, une vie de ride

– Le snowkite attire-t-il beaucoup de femmes en compétition ?

Non, il n’y en a pas encore tellement. En freestyle, nous sommes toujours les 4-5 mêmes filles à se retrouver en lice. J’ai l’impression que c’est peut-être quelque chose qui fait peur, de faire des sauts sur la neige. C’est vrai que nous n’avons pas trop le droit à l’erreur…
Par contre en race, que ce soit chez les hommes ou chez les femmes, nous sommes toujours plus nombreux à disputer les championnats de France Freerace (Marie Dubois a pris la deuxième place lors de l’édition 2025, en ski, ndlr).


– En quoi consistent d’ailleurs les formats de course pour la race ?


Il y a plusieurs formats existants. Dans le cadre du championnat de France qui a lieu désormais à Val-Cenis, on nous propose de la longue distance, avec des balises à poinçonner. Plus il y a de bonnes conditions météo et plus elles seront éloignées. Nous devons poinçonner un maximum de balises en un temps imparti, par exemple une heure ou deux heures. Il peut y avoir de la distance courte, avec deux balises et un maximum de tours à effectuer. Lors du championnat du monde à Roccaraso, en Italie, nous avons eu droit à un format vraiment génial. Nous avions une application GPS sur nous, chacun est alors libre d’aller où il le souhaite et les organisateurs vont ensuite examiner qui fait la meilleure trace. La difficulté, la distance, la vitesse et plusieurs autres critères sont ainsi prises en compte, et l’application va alors calculer les scores des compétiteurs. C’est le format que je préfère, j’aime aussi le balisage qui permet de se balader en montagne.


-Quels sont à tes yeux tes points forts en tant que compétitrice ?

Je pense que mon principal point fort est mon mental. Je suis relativement optimiste, pour n’importe quel projet, et je n’abandonne jamais. En général, je n’ai pas trop peur et je signe souvent de meilleures performances en compétitions que durant mes entraînements. J’aime bien « décrocher un peu mon cerveau »… Lors d’une compétition en 2024, cela m’a cependant coûté un peu cher. J’ai voulu tenter une figure un peu trop difficile et je suis retombée très fort sur la nuque. Je me suis fait propulser à 5 mètres de haut par mon kite, tout mon corps a rebondi vraiment fort sur la neige… Cette année, j’ai donc fait une pause sur les compétitions freestyle, car je garde encore de petites séquelles de mon accident de l’an dernier. Je me suis davantage concentrée sur la race, j’ai d’ailleurs participé à une compétition en Chine.

Marie Dubois en session kitesurf
Marie Dubois en session kitesurf

Comment se déroulent tes entraînements ?

Je cherche à pratiquer un maximum, l’entraînement sera ensuite adapté en fonction du type de compétition à venir. En race, je travaille mes tacks et je fonctionne par exemple avec une application, afin de voir si j’arrive à évoluer du point de vue de la vitesse. En freestyle, je m’entraîne en répétant mes figures. Je n’ai pas un suivi mental particulier, j’essaie simplement de rester optimiste et de ne pas stresser par rapport à l’évènement à venir. Je me dis que c’est pour le fun, cela m’aide à bien réussir lors de mes compétitions. Mis à part l’accident de l’année dernière…


– Tu as décidé de te reconvertir professionnellement dans ta passion, en devenant dans un premier temps monitrice de kitesurf en République Dominicaine. Qu’est-ce qui t’as marquée dans cette expérience ?

En effet, je suis allée en République Dominicaine pour tester le métier d’enseignement dans le kite. Ce qui m’a marquée, cela a été surtout la découverte de ma nouvelle vocation. J’adorais l’enseignement, mais le kitesurf me plaît clairement bien plus que les maths !
Ce que j’aime vraiment, c’est que tous ceux qui viennent prendre des cours de kite sont réellement motivés, contrairement aux collégiens et lycéens que j’ai eus et qui n’avaient pas forcément choisis d’être en salle de classe… Je prends donc encore plus de plaisir, en apprenant à quelqu’un qui est super motivé !
L’autre aspect, bien sûr, est le fait de pouvoir travailler dehors plutôt que dans une salle.

La vie en Polynésie Française, chère à Marie Dubois
La vie en Polynésie Française, chère à Marie Dubois


– Tu es ensuite partie en 2020 sur l’île de Raiatea, en Polynésie Française. Comment as-tu eu l’idée d’ouvrir une école de kite là-bas ?

Quand je suis allée la première fois là-bas en 2020, c’était dans le cadre d’un remplacement en tant que professeur de mathématiques, dans un lycée. C’est à ce moment que j’ai vraiment découvert le potentiel de l’île pour l’activité kitesurf… c’est idéal ! Nous avons deux îles dans le même lagon, ce qui fait que par rapport à d’autres îles, le terrain de jeu est gigantesque en kite. Etre dans le lagon est plus sécuritaire qu’au large, il n’y a pas de vagues.
Aucune école de kitesurf n’était implantée sur place, et j’avais beaucoup de personnes dans mon entourage qui voulaient apprendre le kite. Je n’avais cependant pas de matériel et je n’avais pas le diplôme nécessaire, reconnu là-bas. Je suis donc rentrée en France quasiment deux ans, afin de suivre la formation BPJEPS GADA et pouvoir ouvrir mon école ensuite. Mon diplôme IKO ne me le permettait pas. Après quelques rebondissements en 2023, j’ai pu ouvrir mon école courant 2024.


– Quelles activités proposes-tu au sein de Kite& Wing spirit ?

J’ai la chance de disposer d’un grand local en centre-ville de Raiatea, face à la mer. Cela me permet de proposer plusieurs activités, notamment des cours de kitesurf, de wingfoil et de foil tracté. Je propose aussi la location de kayaks simples et doubles, et de paddles. Les touristes peuvent d’ailleurs aller visiter le motu Ofetaro, petit îlot magnifique situé dans le lagon, juste à côté de l’école. Je propose aussi la location de kitesurfs et wingfoils, à la journée ou pour plusieurs jours. Au sein de l’école, je gère essentiellement tout, certaines personnes m’aidant ponctuellement.

Marie Dubois en wingfoil / Photo Ben_Maze56
Marie Dubois en wingfoil / Photo Ben_Maze56

– Tu viens d’acheter un trimaran pour organiser des Kite Camps. Que proposes-tu à tes clients dans ce cadre ?

J’ai effectivement eu la chance de trouver un super voilier pour ce projet, le 9 avril dernier, jour de mon anniversaire. C’était peut-être un signe ! Mon amie Tamara m’a envoyé l’annonce juste après sa mise en ligne, je la remercie d’ailleurs vraiment car cela m’a permis de me positionner en première sur l’achat. Ce trimaran est très spacieux, il mesure 42 pieds et contient trois cabines doubles et une simple. Je peux accueillir des groupes comptant jusqu’à six personnes. Ce que je propose dans ce kite camp flottant, c’est un séjour sur-
mesure à la carte, en fonction des spots et des activités que veulent réaliser les clients.
J’ai mis en place une formule de base, avec réception des clients à l’aéroport, cours de kite et hébergement. Ils peuvent également ajouter des navigations pour découvrir d’autres îles, avec également d’autres options disponibles.
Il n’y a pas de niveau spécifique demandé, c’est vraiment accessible à tous. Je peux leur proposer de la location de matériel, ou ils peuvent prendre le leur.

Quels sont tes prochains objectifs sportifs et extra-sportifs ?

Dans les prochains mois, je compte m’entraîner un maximum en SUP Foil (je viens d’en acheter un) et pouvoir à terme faire des traversées inter-îles. Il y a par exemple environ 30 à 40km entre Huahiné et Raiatea, j’adorerais réaliser cela. Pour la prochaine saison hivernale, j’ai également envie d’accomplir des randonnées en snowkite sur plusieurs jours.
Concernant mes objectifs extra-sportifs, au niveau professionnel j’espère faire marcher au mieux le kite camp et agrandir le plus possible la communauté de kitesurfeurs à Raiatea.
Je souhaite également continuer à voyager, tout en ayant une vie un peu plus stable que les années précédentes.


Quelque chose à ajouter ?

Merci à toi d’avoir pris le temps de réaliser cette interview !
Si j’ai un message à faire passer aux lecteurs, je leur dirais de se donner à fond afin de réaliser leurs rêves et leurs projets. On finit toujours par y arriver, même si parfois cela peut être difficile. Les choses semblent faciles quand on consulte des profils Instagram, mais il y a souvent derrière cela pas mal de galères et de rebondissements, qu’en règle générale on n’étale pas vraiment sur les réseaux… Cela vend en effet, bien sûr, moins de rêve !
Personnellement je préfère ne pas trop parler des problèmes, cela m’aide à regarder uniquement devant moi, à aller plus loin et à accomplir mes rêves. Foncez, et si vous souhaitez rider dans un endroit paradisiaque et loin de la foule, n’hésitez pas à venir me voir à Raiatea !

Pour plus d’informations sur Kite & Wing Spirit :
https://raiatea-kitesurf.com/
https://www.instagram.com/raiatea_kitesurf/

Pour en savoir plus sur Marie Dubois :
https://www.instagram.com/mad_riide/

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Marie Dubois en session kitesurf
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Marie Dubois en foil / Photo Jeremy Cirot
Marie Dubois en foil / Photo Jeremy Cirot
La vie en Polynésie Française, chère à Marie Dubois
La vie en Polynésie Française, chère à Marie Dubois

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