Christel de Foucault aura vécu un Défi Wing 2026 inoubliable à 61 ans !
Le Défi Wing, plus grand rassemblement au monde de wingfoileurs (et petit frère des Défi Wind et Défi Kite) n’a en effet pas failli à sa réputation.
Pour son premier Défi Wing à Gruissan, Christel de Foucault -conférencière, formatrice et ancienne mordue de planche à voile – a repoussé toutes ses limites.
La Varoise, qui a débuté le wingfoil en 2023, a décidé de relever le challenge gruissanais, entourée de 660 autres riders.
Christel de Foucault s’est ainsi confrontée, trois jours durant, aux terribles longues distances qui ont fait la réputation du Défi.
Encore béni par la Tramontane, avec des conditions vraiment musclées le dernier jour, le Défi Wing 2026 (5e édition) aura encore rempli toutes ses promesses.
Précisons que la compétition a été remportée par Maddalena Spanu (devant Vaïna Picot et Enoha Laurent), et Nicolo Spanu (devant Axel Mazella et Alessandro Tomasi).
Découvrez l’interview exclusive de Christel, une sacrée wingfoileuse !
– Christel, peux-tu te présenter en quelques phrases ?
Je suis basée à Toulon et je navigue à l’Almanarre. Je me suis mise au wingfoil il y a un peu moins de trois ans. J’ai commencé la planche à voile en 1974, j’en ai beaucoup fait. J’ai eu un accident de vie à 50 ans qui m’a paralysée des épaules, ce qui a nécessité ensuite des reconstructions d’épaule. J’ai eu des interdictions médicales de pratiquer les sports de glisse que j’aimais, notamment la planche à voile et le ski nautique. Il y a trois ans, je me suis dit que j’allais me mettre au wingfoil. Les chirurgiens ne m’avaient en effet pas interdit ce sport il y a 10 ans. Comme me l’a dit mon mari, ce sport n’existait cependant pas au moment de mes opérations !
J’ai donc démarré le wingfoil sur un malentendu.
– Comment se sont passés tes premiers pas en wingfoil ?
A mes yeux ce sport était moins physique que la planche, et je pouvais peut-être le pratiquer malgré mes épaules. J’ai néanmoins beaucoup galéré. Je pense que j’ai mis beaucoup plus de temps que les autres à être à l’aise dans ce sport.
Je suis beaucoup tombée, je me suis cassé les côtes, je n’ai pas réussi à voler tout de suite… Même encore maintenant, je ne suis pas bonne en jibes (virements de bords, ndlr). Avec la méthode des petits pas, je me suis dit que j’allais y arriver, à mon rythme.
A 60 ans, ce n’est pas le rythme d’une personne de 20 ans, mais je voulais montrer que c’était possible.
J’ai progressé peu à peu et, quand j’ai vu que je réussissais à naviguer sur de longues distances, a germé l’idée de m’inscrire au Défi Wing.

– Qu’est-ce que représente à tes yeux le wingfoil ?
Le wingfoil représente pour moi la liberté. Quand je vole sur l’eau, je n’ai plus 61 ans. Je retrouve les sensations de mes 15 ans, lorsque je faisais de la planche à voile.
Mon adage dans la vie est : « toujours oser pour ne jamais regretter ». Je trouvais que pratiquer ce sport un peu improbable, et voler sur l’eau avec une voile rose, pouvait donner des idées à certains, pour concrétiser des projets qu’ils n’oseraient pas réaliser.
– Tu as participé cette année à ton premier Défi Wing, qui rassemblait plus de 650 riders à Gruissan. Que signifiait dans ton imaginaire cette compétition ?
Gruissan représente un lieu important à mes yeux. Je connais bien cet endroit car ma maman a habité dans un chalet là-bas, mes deux fils aînés y ont appris le kitesurf. C’était donc un retour aux sources de revenir à Gruissan !
Dans le cadre du Défi Wing, nous nous étions fixé un objectif avec mon frère Cédric, qui a un an de moins que moi. Nous voulions participer ensemble, un frère et une sœur âgés de 122 ans au total. Il s’est aligné sur le Défi en 2025, en repérage, avant que l’on soit tous les deux sur la ligne de départ. Hélas, Cédric a subi une grave opération de l’épaule et j’ai donc participé seule.
– As-tu eu une autre source de motivation à participer ?
Oui, en plus de ce projet initial avec mon frère, il y a eu un deuxième déclic.
Je suis conférencière et auteure de livres, surtout sur les sujets RH.
Un de mes grands sujets est ainsi l’acceptation des différences, et les discriminations.
Le concept du Défi Wing est très intéressant, car tout le monde se retrouve sur la ligne de départ et va faire la même course. On a des professionnels, des champions, mais aussi le commun des mortels, sans oublier des très jeunes et des anciens.
Pratiquement aucun sport au monde ne permet ça, sur l’eau.
Chacun a son objectif et accomplit sa course.
Cette notion de Défi ouvert à tous allait dans le sens des valeurs que je défends.
Je me suis dit que s’il y avait une seule course que je devais faire un jour, c’était bien celle-là. Le Défi Wing correspond à mon combat. A mes yeux, on devrait être un peu plus inclusifs dans la société et dans les entreprises, par rapport à l’acceptation de tous les âges, de tous les niveaux, de tous les parcours.

–Quels étaient tes objectifs dans le cadre du Défi Wing ?
Cette compétition était un double défi pour moi.
Un défi tout d’abord personnel, à savoir montrer que je pouvais accomplir une longue distance sur une autre plage que l’Almanarre, malgré mon âge, des épaules en vrac et une interdiction de faire du sport il y a 10 ans.
Je me suis aussi lancé un défi au nom de toutes les femmes, notamment seniors.
Je trouve que les rideuses ne sont pas assez nombreuses dans ce sport.
C’était la 5e édition du Défi Wing, et les précédentes éditions regroupaient environ 10% de femmes. C’est très peu. Il est important de montrer que l’on existe et que l’on peut pratiquer ce sport.
Ce qui m’a intéressée aussi dans le Défi Wing, c’est que j’avais vu qu’il y avait une catégorie Vétérans (+ de 60 ans) pour les hommes. Je n’avais pas compris qu’il n’y en avait pas pour les femmes, faute d’inscrites de plus de 60 ans.
Je me suis donc dit que j’allais participer et que cela allait peut-être donner envie aux organisateurs, pour peu que l’on soit quelques vétérantes, de créer en 2027 la même catégorie que celle des hommes.
Je pense qu’il faut une équité, car c’est aussi difficile pour une femme que pour un homme de plus de 60 ans de concourir sur le Défi Wing.
C’était donc un défi sociétal. J’ai annoncé mon projet sur LinkedIn, mon réseau de cœur, en me disant que ça allait peut-être donner aussi des ailes aux autres. Je ne pouvais alors plus reculer !
Mon exemple est intéressant, car je ne suis pas une ancienne sportive de haut niveau.
Je suis une personne lambda, je montre que je peux le faire, et cela peut résonner auprès d’autres gens. Des personnes qui ont par exemple eu des pépins de santé ou professionnels. Elles peuvent ensuite se dire : « pourquoi pas nous ? »
–Comment t’es-tu préparée physiquement pour un événement de cette ampleur ?
J’ai le privilège d’habiter au bord de l’eau et de naviguer très souvent, au gré de mon emploi du temps. Je suis en fin de parcours professionnel, tout le monde n’a pas cette chance-là.
Pour me préparer, j’ai décidé de ne naviguer que par vent offshore, donc par vent de terre. Cela me permettait d’avoir toujours un plan d’eau plat, et je savais que le Défi Wing se courait par Tramontane, vent offshore.
C’est un peu compliqué et dangereux car quand tu n’es pas très fort, cela peut t’emmener au large. J’ai choisi cette option à l’entraînement, en étant toujours accompagnée et en vérifiant qu’il y avait toujours des bateaux à proximité.
Je n’ai donc pas navigué dans les vagues, et j’ai fait beaucoup de longs bords.
Très tôt, j’ai appris à m’accrocher au harnais, alors que je savais à peine tourner.
Je ne peux en effet pas utiliser mes épaules, ni tenir une voile à la force des bras.
Je me faisais charrier par des moniteurs que je croisais, qui disaient à ma fille que je devais apprendre à tourner.
Mais j’ai décidé, stratégiquement, d’emmagasiner les bords, car au Défi Wing il y a énormément de kilomètres à parcourir. Il valait mieux que je tombe aux bouées, et que je sois capable de tenir les longues distances.
J’ai également pris l’option de pas partir en footstraps (sangles pour les pieds, ndlr). Si je subissais un accident avec d’autres wings, cela aurait pu me casser une cheville ou un genou… A mon âge, on ne récupère pas de la même façon.
J’ai donc appris à naviguer au harnais sans footstraps, même si je devais aller moins vite.

–Combien de kilomètres as-tu parcouru à l’entraînement ?
Je ne peux pas te dire, mais je sais que lors de la première année en 2024, j’ai navigué 88 fois, 80 fois en 2025 et presque 30 fois en 2026. J’avais donc navigué environ 200 fois depuis mes débuts en wingfoil, avant le Défi Wing.
Je ne me prenais pas trop la tête avec les chronos, je n’ambitionnais en effet pas une performance de classement lors de l’évènement, seulement d’arriver au bout.
–Et concernant ta préparation mentale ?
Mon frère Cédric Brunon est coach agile dans les entreprises, il a une vision très globale des problématiques et de l’entraînement (son nouveau livre vient de paraître, ndlr).
J’ai suivi ses conseils et nous avons visualisé ensemble tout le parcours, qu’il avait repéré en 2025. Il a pu me décrire le village, le départ au lièvre avec le bateau, comment on partait à gauche de la jetée, comment allait rentrer le vent, de quel banc de sable j’allais prendre le départ…
Avant même d’avoir mis un seul pied dans le village, il m’avait déjà tout fait visualiser !
Il m’a conseillé de ne surtout rien changer à mes habitudes, et d’appliquer ce qui fonctionnait pour moi, notamment de naviguer avec ma Frontwing 900.
Cela m’a beaucoup aidé. Il a été présent sur mes départs et mes arrivées, malgré son bras en écharpe, et c’était très précieux. Mon mari était présent lui aussi et a fait mon caddie pendant trois jours. Il s’est occupé de mon matériel, m’a gonflé mes voiles… C’était génial.
–Quand tu es arrivée à Gruissan, comment te sentais-tu ?
Je me sentais prête, pas au niveau des jibes mais j’étais bien équipée, avec ma Front Wing 900. Jusqu’à un mois avant le Défi, j’avais une Front Wing 1000. J’ai changé pour gagner en vitesse. Par ailleurs je ne navigue qu’en GONG, une marque aux prix très abordables. J’aime aussi l’idée de leurs planches gonflables, qui rendent le wingfoil accessible à tous. Cette marque française est familiale, avec le PDG Patrice Guénolé qui shape lui-même ses planches et qui navigue, son fils Malo qui a été champion du monde… J’ai trouvé ma marque de cœur, qui correspond là aussi à mes valeurs. J’ai renouvelé mes voiles avant le Défi car elles étaient usées, en reprenant exactement les mêmes voiles. J’adore la voile rose de GONG, cela nous représente en tant que femmes, je suis identifiable sur LinkedIn grâce à cela et je voulais porter ce symbole-là.
–Avant le premier départ, quelle était ta principale appréhension ?
J’avais très peur, comme beaucoup de gens, de ce fameux départ au lièvre. J’avais vu des photos et des vidéos et ça semblait impressionnant. Or, je ne pouvais pas me permettre de me blesser à 61 ans, mon corps ne s’en serait pas remis.
Je fais de la wing uniquement pour le plaisir, je ne suis pas du tout une championne.
J’ai donc beaucoup travaillé avec mon frère pour visualiser ce départ.
Ma décision a alors été de partir après les autres.
Flora Artzner, qui a été multiple championne du monde et qui a gagné plusieurs fois le Défi, m’avait donné le même conseil. Elle m’avait dit : « si tu sens que tu as peur, laisses partir les autres, il y aura ensuite suffisamment de distance et tu auras la place de naviguer. » Patrice Guénolé y est allé de son petit mot aussi. Il m’a dit de ne pas me prendre la tête avec le timing, que j’allais passer un super moment sur l’eau et m’a encouragé à profiter un maximum.

(Crédit photo Pierre Brunon Photographie)
–Qu’as-tu ressenti comme émotions au moment du départ et au fil des kilomètres ?
Eh bien figures-toi que j’ai ressenti une immense déception : je n’ai pas pu prendre le départ de la première manche ! J’ai au final bénéficié d’une discard (plus mauvais résultat annulé, nldr), puisqu’il y a eu plus de quatre manches.
J’ai raté mon départ pour une raison toute bête, un problème de matériel.
J’étais habituée à un certain harnais, qui était très vieux. J’ai craint que la boucle se détache, je ne sais pas pourquoi. J’ai acheté le même harnais neuf de la même marque, et je l’ai mis pour la compétition. Tiens-toi bien, au moment où j’ai tiré la sangle du harnais pour le régler, la boucle du harnais neuf est tombée dans l’eau…
Je me suis attachée à une bouée pour ne pas dériver, puis j’ai perdu le crochet du harnais. J’avais alors une décision à prendre : partir et faire 40km en tenant la voile à la main, ou renoncer ? Je me suis dit que j’allais m’abîmer les épaules, et j’ai donc loupé la manche.
Je m’en suis voulu, j’étais au top au niveau organisation du matériel et je commets cette erreur. Je n’avais d’ailleurs même pas amené mon vieux harnais…
Dans les stands du village, j’ai trouvé quelqu’un qui a réussi à me bricoler le harnais, en me rajoutant une boucle prise sur un autre harnais.
Psychologiquement c’était très dur, car je ne pouvais en rater aucune autre si je voulais être classée… Dans les RH, on a coutume de dire aux candidats de toujours réussir leurs premiers instants, et le reste suit. Et moi j’ai raté dans les grandes largeurs mon départ (rires) !
–À combien de manches as-tu participé finalement sur ce Défi Wing 2026 ?
Au final, j’ai participé à 4 courses, d’environ 160km au total.
J’ai « encaissé » très bien ces gros kilométrages.
De nombreuses personnes se plaignaient de crampes, je n’en ai eu aucune. Peut-être parce que je bois beaucoup… Je suis tellement habituée à faire des longues distances que je suis allée au bout des manches. Je suis tombée, comme tout le monde, aux bancs de sable, dans les algues. J’ai chuté à chaque bouée. Mais ça permettait de se remettre bien l’esprit à l’endroit après un bord de 10 kilomètres !
J’ai très bien vécu toutes les manches, sauf la dernière, où j’ai raté mon entame et la fin !
–Peux-tu nous en parler ?
La dernière course ne faisait plus 40 kilomètres mais 30km.
C’est à cette occasion que j’ai commis ma deuxième erreur de matériel.
Le matin, le vent était moins fort que prévu et j’avais opté pour une aile de 3m2 (les autres étaient en 4m2). Nous étions tous un peu sous-toilés. L’après-midi, pour assurer, j’ai mis une 4m2. Au moment du départ, j’ai réalisé que j’étais fatiguée et que je n’allais pas pouvoir terminer ces 30 kilomètres. Je réussis à partir, je passe la jetée de Gruissan et je me retrouve dans un énorme vent… La Tramontane s’est levée vraiment fort lors de cette dernière manche. J’étais au harnais, en souffrance permanente. Mes pieds (sans footstraps) étaient soulevés et je m’envolais ! J’essayais de faire contre-poids, par moments j’enlevais le harnais et j’avançais avec ma voile à plat…
A la première bouée, après 10km, je tombe et j’ai pensé abandonner. J’ai fait signe à la sécurité (la SNSM, sauveteurs en mer ndlr), qui ont été formidables et sont arrivés en trente secondes. J’ai expliqué au jeune sauveteur que je n’en pouvais plus et qu’il valait mieux que j’arrête. Et là, il me dit : « ah non, tu vas continuer, la bouée n’est pas si loin, je vais t’accompagner jusqu’à là-bas ». Il m’a confirmé que j’étais la dernière sur l’eau. Je suis donc repartie, et c’était super rassurant de savoir que ce sauveteur était derrière moi, en jet ski.

(Crédit photo Pierre Brunon Photographie)
Seul bémol, certains planchistes s’entraînaient en même temps sur le parcours, le long de la plage. Cela a pénalisé les 100 derniers, dont je faisais partie. Ils me coupaient le vent, faisaient des vagues et l’un d’eux m’a même fait un refus de priorité, provoquant ma chute. Les organisateurs n’arrêtaient pourtant pas de dire aux windsurfeurs de ne pas aller sur la zone.
Le sauveteur tachait de me sécuriser au maximum, et j’ai réussi à passer la deuxième bouée. Je me suis alors dit qu’il ne me restait que 10Km, et que c’était bête de ne pas aller au bout. J’ai donc tenté le coup, dans de grosses vagues, avec toujours le jet ski qui assurait ma sécurité. Au bout d’un moment, Philippe Bru (organisateur du Défi, ndlr) est arrivé avec son bateau et son équipe, derrière moi. Il m’a dit : « on t’a vue naviguer, tu gères, tu peux aller jusqu’au bout, on te suit ». Il ne me restait plus qu’un bord jusqu’au drapeau, j’ai lâché le harnais et j’ai navigué avec la voile en l’air. Je suis donc arrivée dernière de la dernière manche !
–Tu as eu malgré tout le cran de finir la manche, en repoussant tes limites…
Oui, malgré toutes les difficultés. Cela montre qu’en tant que senior, personne en situation de handicap ou blessée par la vie, on peut arriver aussi à ses fins.
J’étais super contente d’aller au bout, et l’organisation a été remarquable avec moi.
C’était une victoire commune, sans le jeune homme sur le jet ski et sans Philippe Bru, je n’aurais pas terminé.
Quand je suis arrivée au village, le speaker Christophe Colucci est venu m’interviewer, j’ai eu droit à la haie d’honneur du dernier… Cela va dans l’esprit Défi, chacun prend la même ligne de départ, fait comme il peut et arrive à sa manière.
Vidéo : Christel de Foucault au Défi Wing 2026
–Quels moments t’ont le plus marquée positivement sur ce Défi Wing ?
Ce que j’ai trouvé top, c’est quand je voyais les champions arriver en face de moi, quand j’étais dans mon premier bord et eux dans leur deuxième. Ils sautaient les bancs d’algue, c’était impressionnant à voir. J’ai croisé mon pote Erwan Jauffroy, avec son numéro 1000, qui m’a crié « vas-y Christel, fonce ! », et j’ai aussi croisé plusieurs fois Guillaume Colin (champion du monde de para surf, ndlr). Comme j’avais le dossard 61, ma voile rose très repérable, mon lycra rose, les gens me reconnaissaient et m’encourageaient. Les champions n’étaient pas obligés de le faire, j’ai trouvé ça super.
Coup de chapeau aussi à l’incroyable équipe de la SNSM.
Un moment qui restera très fort pour moi, c’est cette arrivée encadrée par les bateaux, dans une mer que j’ai trouvé déchaînée, de mon petit point de vue.
J’ai 61 ans et cela restera un moment fort dans ma vie !
–Au-delà de la compétition, comment as-tu vécu justement l’ambiance du Défi Wing : le village, les échanges avec les autres riders, les pros… ?
Cela fait une coupure incroyable, tu as l’impression d’être dans un autre monde. Tu te régules avec les annonces, les débriefings, les émargements, les présentations des marques… J’ai trouvé que tous les riders professionnels étaient hyper agréables et hyper modestes, tu sens qu’ils sont là pour prendre du plaisir. Ils se connaissent tous.
Ils ne jouent pas dans la même cour, ils finissent très vite les manches mais j’ai senti qu’ils aimaient être là. Ils représentent très bien les marques qui les sponsorisent, je trouve ça top.
Les riders pro sont d’ailleurs venus distiller quelques conseils aux participants, dans le cadre de réunions organisées par la Fédération Française de Voile.
Mathis Ghio, plusieurs fois champion du monde, a d’ailleurs prodigué un conseil qui m’a servi. Il a dit : « quand vous êtes tribord amure, vous êtes prioritaires, donc ne commencez pas à hésiter quand vous nous voyez arriver en face, à toute vitesse. On sait que vous êtes prioritaires, gardez votre trajectoire, on saura s’écarter ». Kylie Belloeuvre a également donné des conseils sur le fait de rester calme, de gérer son appréhension. Elle a bien désacralisé la chose.
Tu vois aussi toute la nouvelle génération, comme Vaïna Picot, 16 ans, qui présentait son film (« Le Tour de la Guadeloupe en wingfoil », ndlr).
Les marques ont aussi joué le jeu avec des cadeaux, comme des voiles et planches offertes aux amateurs.
J’ai trouvé qu’il y avait beaucoup de jeunes, ce qui est une bonne chose, beaucoup de seniors aussi.
L’ambiance fait vraiment village, les gens échangent entre eux, c’était très bon enfant.
Tout était fluide, on pouvait manger pour tous les budgets, c’était une fantastique atmosphère.

–Un mot pour les organisateurs ?
Bien sûr, mention spéciale à la formidable équipe d’organisation, qui a géré 660 riders et leurs familles. Le timing était parfait pour les départs, comme pour les interventions sur la scène, les speechs de Francky (Roguet) et de Philippe étaient très clairs…
J’ai été impressionnée par la jeune femme qui s’occupait de l’évènement, Sofiane Mateus. Elle était désolée qu’il n’y ait pas une catégorie vétérantes. Ils se sont quand même débrouillés pour faire un podium, non officiel mais ils l’ont créé.
Elle n’était pas obligée, mais j’ai senti que mon combat lié aux femmes dans le sport et aux femmes seniors l’intéressait.
Francky est de mon coin et j’ai beaucoup apprécié ses annonces faites également en anglais. Il y avait en effet 45 pays représentés. Je ne suis pas surprise que les gens viennent du monde entier, car c’est une expérience absolument incroyable à vivre !
Les organisateurs ont de l’humour, mais ils sont également fermes.
Ils ne démarrent pas une autre course si une personne n’a pas émargé.
On sent qu’ils maîtrisent leur évènement, le lieu fait peur mais leur professionnalisme est très rassurant. Ils n’étaient d’ailleurs pas obligés de se comporter comme ils l’ont fait avec moi, ils auraient pu me laisser abandonner…
Non vraiment, l’organisation était humainement exceptionnelle.
–Si tu devais garder une seule émotion de ce Défi Wing 2026, ce serait laquelle ?
L’instant où je passe la ligne d’arrivée de la dernière manche, suspendue à la voile, avec les bateaux autour qui me soutiennent. J’ai puisé dans mes dernières forces…
Ce Défi n’était pas seulement personnel et ludique, il faisait aussi écho à tous mes combats professionnels.
–De quoi es-tu la plus fière concernant l’évènement ?
Je suis fière de ce podium vétérantes, même s’il n’était pas officiel.
Ce podium était important car cela a montré qu’il y a une organisation qui écoute, et qui réalise qu’il y a de la place pour les seniors. Nous n’étions que trois vétérantes sur 660 riders, mais avec notre petite action il y aura peut-être plus de femmes vétérantes qui viendront en 2027. Cela poussera peut-être plus de seniors à pratiquer ce sport, et plus généralement à oser essayer de réaliser leurs rêves.

Crédit photo Pierre Brunon Photographie
–En quoi cette expérience t’a-t-elle changée comme rideuse, ou même en tant que femme?
Je suis repartie chargée d’optimisme, cela m’a reboostée et cela m’a redonné foi dans l’humain, le collectif et le dépassement. Mon mantra est « toujours oser pour ne jamais regretter » et cette expérience était l’aboutissement de cela.
J’ai envie de revenir sur le Défi Wing 2027, au départ avec mon frère !
J’ai trois points à améliorer d’ici-là :
– apprendre à bien utiliser les footstraps sans me faire mal. En effet, ne pas en avoir me pénalise, quand il faut sauter des bancs de sable ou des algues ;
– apprendre à être complètement confortable en jibes, pour perdre moins de temps aux bouées ;
– et essayer de perdre un peu de poids.
Lors du Défi Wing 2027, j’essayerai de faire mieux que cette année en tout cas (classée 561e, ndlr). Si je n’avais pas raté ma première course, j’aurais peut-être amélioré mon classement. Quoique si je l’avais achevée, j’aurais peut-être abandonné lors de la dernière manche. Et je ne regrette pas du tout cet épilogue : se classer dernière d’une manche, cela marque dans une vie !

(Crédit photo Pierre Brunon Photographie)
–Quel conseil ou quel message adresserais-tu aux personnes qui hésitent à s’inscrire à leur premier Défi Wing ?
Je leur dirais d’essayer, elles peuvent aussi venir pour voir l’ambiance, prendre un départ et boucler quelques kilomètres. Avant de revenir l’année suivante avec d’autres objectifs. Quand tous les riders sont lancés, le plan d’eau est incroyable. Pouvoir naviguer sur un tel spot en toute sécurité, c’est une vraie chance !
Si vous savez utiliser le foil et naviguer au harnais, vous pouvez vous lancer.
Cela vaut vraiment la peine d’y aller !
–Quelque chose à ajouter à cette interview ?
Oui, je voudrais remercier l’association catakite&co, qui permet à des personnes en situation de handicap de faire du kitesurf à partir d’un catamaran. C’est d’ailleurs grâce à cette association que je suis mise au wingfoil.
Catakite&co est présidée par Christian Capello, et propose à sa centaine de membres adhérents 15 à 20 sorties wingfoil par an. Elles sont encadrées par un bateau de sécurité, et l’association fournit le matériel. Je suis membre de leur groupe Kikiwing au féminin, et tout le monde m’a bien poussée et encouragée dans l’optique du Défi Wing. Et l’année prochaine, il y aura un groupe de riders de l’association qui viendra participer avec moi au Défi Wing !
Je remercie également chaleureusement les gens de LinkedIn. Depuis que je communique sur ce réseau à propos du wingfoil et de ma voile rose, je reçois beaucoup de soutien et d’encouragements. Merci donc à la communauté pour sa fidélité !
Le wingfoil n’est pas un sujet professionnel, mais il y a des thématiques professionnelles qui s’y greffent, comme les notions de partage, de valeurs, d’équipe, d’inclusion. Je me réjouis donc de pouvoir transmettre à mes abonnés ma passion pour le wingfoil, et pour la vie !
Vidéo souvenir : Le Défi Wing Gruissan 2025
A voir aussi : Vidéo : Le Défi Wing 2025, le show wingfoil à Gruissan !
A lire aussi : Mathis Ghio champion du monde de wingfoil 2025, Vaïna Picot en argent
A lire aussi : Un beau compliment donné par une championne de wingfoil !
A lire aussi : Un article Wind Magazine marquant : Les 20 ans du Défi Wind
A lire aussi : Le Défi Wind de Gruissan, mi amor…
Crédits photos : Pierre Brunon Photographie
Crédits vidéo Christel de Foucault : Pierre Brunon /@fauve.fpv & Défi Wind Gruissan (images d’intro)
Crédit vidéo Défi Wing 2025 : Défi Wing Gruissan
En savoir plus sur Le blog de Nicolas Arquin, dédié aux sports extremes et de glisse
Abonnez-vous pour recevoir les derniers articles par e-mail.



