Du 8 au 10 mai 2026, la Gardoise Nadine Poncept a pris part au prestigieux Défi Kite.
Plus grand rassemblement de kitesurfeurs au monde, avec 350 riders présents à Gruissan cette année, le Défi Kite 2026 a célébré sa 9e édition.
Si la météo a tenté de jouer les trouble-fêtes, avec une Tramontane aux abonnés absents, l’organisation et les Défieurs se sont adaptés.
Bilan, deux manches disputées, et une victoire de Nadine Poncept chez les femmes, devant Stephanie Hubert et Clara Theodoly.
Du côté des hommes, Axel Mazella s’est imposé devant Sasha Lethuillier et Solan Autric.
Découvrez tout de suite l’interview de Nadine Poncept, qui vibre pour le kitesurf et le Défi Kite !
Nadine, peux-tu te présenter en quelques phrases ?
J’ai 56 ans et j’habite dans le Gard, à côté d’Aigues-Mortes.
Je suis présidente de l’association Des Ailes Pour Elles, qui est engagée dans la lutte contre toutes les violences faites aux femmes.
Je suis éducatrice sportive en sport santé-sport adapté, et maman de deux enfants.
Toute la famille fait du kite, on s’est mis au kitesurf il y a 12 ans. Je pratique en terre de Camargue, un terrain de jeu vraiment agréable avec une météo clémente !
On a pris goût à ce sport, qui offre la possibilité d’utiliser plusieurs supports avec la même aile. Je fais aussi bien du foil que de la speed crossing, j’ai fait du twin tip…
Je navigue cependant surtout en surf strapless et en tiki, où je côtoie une belle communauté de riders.
J’ai d’ailleurs estimé que le kitesurf était plus pratique pour voyager. Dans ton boardbag, tu as ton quiver complet, avec ton petit engin qui va bien !
Le kitesurf est aussi, musculairement parlant, moins fatigant que la planche à voile et se pratique donc plus longtemps.
Je suis par ailleurs une femme de défis. J’ai traversé la Méditerranée en kitesurf en 2023, un projet porté par Des Ailes Pour Elles et la Fondation des Femmes.
Il soutenait la lutte contre les violences faites aux enfants et aux femmes.
Nous en avions profité pour réaliser un film, afin de libérer la parole et à aider les victimes à sortir de l’ombre.
Vidéo : Nadine Poncept au départ de la traversée Issambres-Calvi en Tiki, en 2023
Peux-tu nous rappeler quelle est ton histoire avec le Défi ?
Gruissan n’a plus trop de secrets pour moi (sourire).
Je connais très bien ce spot, la Tram’, le vent fort. Je participais au Défi Wind entre 2008 et 2014, puis je me suis alignée sur le Défi Kite. J’en suis à mon 9e Défi Kite, il me semble. Depuis que j’y participe, je suis toujours montée sur les podiums, que ce soit dans la catégorie, le support ou le général.
Ma meilleure place au général, tous supports confondus, était jusqu’à présent la 3e place. Cette année, je termine donc vainqueur de la catégorie femmes et 62e au scratch (hommes et femmes confondus), sur 350 riders. Les années précédentes, mon classement scratch oscillait entre 50e et 70e.
Le Défi Kite est un moment que j’attends toujours avec impatience. C’est l’une des rares compétitions d’envergure que je fais dans l’année. Je me régale, le Défi réunit énormément de monde, sur des longues distances. C’est assez unique, ça me tient toujours à cœur de participer ! Je suis tellement impatiente que je checke les prévisions météo quinze jours ou même trois semaines avant…
Dans quel état d’esprit as-tu abordé ce Defi Kite ?
J’avais compris, alors que je m’entraînais en strapless à Tarifa, que nous aurions certainement droit à du vent marin, ou à un vent relativement faible. Je me suis dit qu’il risquait de ne pas y avoir de manches (comme lors du Défi Wind 2025), ou qu’il y aurait des funny races (ne comptant pas pour le classement général, ndlr). Je me suis aussi dit que s’il y avait des manches, elles ne seraient sûrement pas validées, à cause de la force du vent notamment.
J’étais donc un peu triste en arrivant à Gruissan, car je m’étais bien préparée…
Je craignais également que l’ambiance générale s’en ressente, et que le Défi Kite ne puisse avoir lieu l’an prochain.
En quoi a consisté ta préparation pour ce Defi Kite 2026 ? Sur quoi as-tu mis l’accent ?
J’ai mis l’accent sur le cardio et surtout sur le plan musculaire. Quand tu fais un bord de 10km environ, où tu mobiliser tes muscles en isométrie, le risque est de subir une crampe ou une tétanie du muscle. Le plan d’eau était haché, il fallait encaisser, cela casse beaucoup de fibres. Ma préparation physique consiste en du vélo de route, beaucoup de tennis et de la récupération, du yoga, du stretching postural pour retrouver la dimension initiale du muscle. Cette année j’étais sans doute moins préparée que les éditions précédentes, mais le muscle a une bonne mémoire…
A quelles conditions avez-vous été confrontés sur place ?
Nous avons donc eu du vent marin. A ma grande surprise, il y a eu deux manches, et elles ont été validées ! C’était un Défi complètement différent, complètement fou, qui était un défi aussi pour Philippe Bru (l’organisateur de l’évènement, ndlr) . En effet, pour la première fois, Philippe a lancé des manches par marin, sur le parcours classique du Défi Kite. Le plan d’eau était très difficile, avec des creux pouvant aller jusqu’à 1m70 dans la première manche. Ce Défi Kite a été très exigeant physiquement.
Comment se sont déroulées les différentes manches pour toi ?
Le départ était toujours un départ au lièvre, mais cette fois le bateau est parti de la plage, puisque nous avions du vent marin. La difficulté, pour les Défieurs qui s’élançaient du bord de plage, était qu’ils devaient énormément caper (action de remontée par rapport à l’axe du vent, ndlr). J’étais en speed crossing, sur une planche F-One qui n’était pas forcément faite pour beaucoup caper.
Un bon départ permet de réaliser une bonne course. Tu n’as pas le « chantier » devant toi, tu n’as pas des gens qui peuvent potentiellement chuter devant toi, tu as moins de risques d’emmêlages… Je suis habituée des départs et je les ai plutôt bien négociés.
Je reste cependant très prudente aux jibes (virements de bords, ndlr). Je pourrais gagner des places mais je pourrais aussi être prise dans un emmêlage. Je préfère donc virer large à la bouée.
J’ai eu tendance à caper énormément pour me faciliter les croisements. Nous étions babord amure au départ, tribord amure au retour. Il y avait 20 à 30% de nouveaux Défieurs, et les erreurs de pilotage sont possibles avec l’inexpérience, le stress et les vagues. J’ai donc joué la sécurité.
Je me suis cependant fait avoir, comme beaucoup, lors de la première manche.
J’ai été obligée de faire un contre-bord pour récupérer la bouée une, car j’étais partie un peu trop à l’abattée (tourner en descendant dans le sens du vent, ndlr).
Il y a toujours des petits axes d’amélioration, il ne faut pas s’endormir sur ses lauriers !

Crédit photo Défi Wind Eyes/Jean-Marc Cornu
Tu termines première féminine de ce Defi Kite 2026.
Qu’est-ce que ça signifie pour toi ?
C’est une fierté pour moi de me retrouver sur un podium avec Axel Mazella, qui était aux Jeux Olympiques de Paris 2024. J’ai travaillé plusieurs années sur la recherche du meilleur quiver possible, et je me suis surpassée.
J’ai donc une certaine fierté, du haut de mes 56 ans, de me retrouver sur ce podium-là.
Quelles sont les images marquantes que tu garderas en mémoire de ce Défi Kite 2026 ?
Il y a eu plus de monde que l’année dernière, plus de femmes (nous étions près de 45 !), avec une superbe ambiance. Je leur ai donné avec plaisir quelques conseils, notamment pour gérer les procédures de départ. D’ailleurs, quand le premier départ a été donné, il y avait une grosse poignée de kitesurfeurs qui étaient encore sur la plage…
Le Défi ne se résume pas seulement à ce qu’il se passe sur l’eau. Le Défi se passe aussi à terre, avec les moments de partage, la mixité entre les amateurs et les pros, les soirées, les groupes de musique… Sans oublier l’atmosphère conviviale et cette vie un peu sauvageonne sur le parking.
Quand on repart, on est explosés de fatigue car on a dû dormir 6h sur deux nuits, mais ce sont de superbes moments.
Je garderai aussi en tête ce moment où toutes les Défieuses sont montées sur l’estrade. Nous ne sommes pas en parité complète, mais les femmes prennent du plaisir sur l’eau, se challengent par rapport à elles-mêmes et aux hommes également.
Il aurait été cependant bien que les Défieuses aient un dossard de couleur pour être différenciées, comme les années précédentes.
J’ai également été marquée par l’organisation, par toutes les petites mains que l’on ne voit pas et qui travaillent dans l’ombre, sur la logistique, la sécurité, etc.
Je suis extrêmement reconnaissante de tout ce qui se met en place, pour que l’évènement soit sécurisé, plaisant et que les gens aient envie de revenir !

Crédit photo Défi Wind Eyes/Jean-Marc Cornu
Seras-tu présente pour défendre ton titre au Defi Kite 2027 ?
Bien sûr, je suis dans les starting-blocks et j’ai hâte d’être à l’année prochaine !
Vu que j’ai réussi à monter au top du classement, je dois désormais réussir à m’y maintenir. Il va y avoir du challenge, c’est un bel objectif d’entraînement. Je resigne pour le Défi Kite jusqu’à ce que je n’en puisse plus, même si je dois sortir du Top 3. Je suis joueuse, j’aime me challenger sur l’eau !
Quelque chose à ajouter ?
Je remercie Philippe Bru pour son organisation, son envie de se dépasser et d’avoir accepté de se défier dans cette configuration de vent. Comme il me l’a dit, c’était un pari et le pari a été gagné !
Merci aussi à tous les Défieurs et à tous les gens associés à cet évènement, qui nous donnent envie de revenir.
Le Défi Kite reste un évènement unique au monde, avec théoriquement la Tramontane.
Elle n’est pas venue cette année, mais elle sera certainement deux fois plus forte en 2027 !

Vidéo souvenir : Le Défi Kite de Gruissan 2025
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Crédit photo : Défi Wind Eyes / Jean-Marc Cornu
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