Interview de Kai Lenny, le waterman superstar

De février 2016 à octobre 2017, j’intervins ponctuellement comme journaliste pigiste auprès du site internet VICE Sports, à la ligne éditoriale assez « punchy ». En mars 2016, juste avant l’Indoor de France 2016, j’eus le grand plaisir d’interviewer en face-à-face la superstar Kai Lenny, multiple champion du monde de Stand Up Paddle mais également doué en surf, kitesurf ou encore windsurf. Mon second face-à-face avec l’Hawaiien, après une conférence de presse au Mondial du Vent 2015 où je ne m’étais pas privé de poser de nombreuses questions ! Voici la reproduction de cette interview Vice Sports…

Kai Lenny, waterman supertsar
Kai Lenny, waterman superstar

Waterman. Ce terme colle à la perfection à Kai Lenny, dont la relation à l’océan s’est forgée dés sa naissance. A 9 ans, il pratiquait déjà le surf, le kitesurf, le windsurf et le stand up paddle, et cotôyait Laird Hamilton et Robby Naish ! Autant dire que dans le monde des sports extrêmes, l’Hawaïen Kai Lenny (dont le prénom signifie justement océan) est un vrai prince des mers. Six fois champion du monde de stand up paddle, sponso par Red Bull, le jeune rider a un potentiel de dingue et ne recule devant aucun défi. Il est notamment connu pour avoir surfé dans la même journée la gigantesque vague de Jaws sur quatre supports différents, il y a 5 ans. Un coup de maître dont il nous a longuement parlé en interview.

VICE Sports : Kai, tout le monde te définit comme un waterman mais quelle est ta propre définition d’un waterman ?
Kai Lenny : Selon moi, le terme waterman définit quelqu’un qui excelle dans tous les sports liés à l’océan. Cette personne doit être capable de rider avec le même professionnalisme une petite vague et une vague gigantesque. Un waterman est tout simplement le meilleur, il est au plus haut niveau dans tous les sports et il sait comment survivre dans l’océan. Cela inclut également la pêche et la plongée parce que le terme waterman concerne les sports qui se pratiquent tant à la surface que sous l’eau. Un waterman, c’est quelqu’un qui, selon moi, est extraordinaire. Il est un peu un super héros des eaux ! Et dans l’histoire, il n’y en a pas eu beaucoup. Je peux en citer quelques-uns comme Duke Kahanamoku, Laird Hamilton ou Robby Naish. Ils ont tous marqué l’histoire, mais je ne pense pas qu’ils soient plus de dix.

Et quelles sont à tes yeux les qualités d’un bon waterman ?
Les qualités d’un bon waterman… J’ai envie de dire qu’un waterman est non seulement le meilleur dans l’eau mais aussi le plus sympa sur Terre. Je pense que quand tu es le meilleur dans ce que tu fais ou dans quoi que ce soit, tu as confiance en toi. Tu n’as pas besoin de prouver quoi que ce soit à qui que ce soit parce que, dans l’eau, tu te prouves déjà ce que ce que tu vaux. Pour moi, les principales qualités d’un vrai waterman sont donc l’humilité et la sympathie. Le waterman fait attention à l’image qu’il renvoie sur Terre, il est véritablement bon, calme et humble.

Tu es né a Maui, en Hawaïen Kai signifie océan, tes parents aimaient le surf et le windsurf… Penses-tu être né pour rider ?Oui ! Bon, sans mes parents, je ne serais pas là. Et sans mes parents, je ne serais pas non plus celui que je suis aujourd’hui parce que je fais partie intégrante de mon environnement. Je suis né à Maui, l’endroit réunissant les meilleures conditions pour le surf, le windsurf, le kitesurf, le surf sur les grosses vagues, le stand up paddle, bref tous les sports aquatiques. J’ai eu une chance phénoménale parce que mes parents m’ont fait découvrir toutes ces disciplines et m’ont permis de m’éclater là dedans, tu comprends. L’éducation que j’aie reçue a probablement fait de moi l’enfant le plus chanceux du monde…

Tu as d’ailleurs commencé le surf à 4 ans, le windsurf à 6 ans, le stand up paddle à 7 et le kite à 9 ans. Qu’est-ce que tu préfères dans tous ces sports ?Ce que j’aime dans ces sports c’est qu’ils me permettent tous d’aborder la vague différemment. Et prendre une vague, c’est vraiment le truc que je préfère au monde. Surfer une vague, c’est comment dire… A chaque fois, c’est différent, c’est « fresh« . Mais en fonction des supports que j’utilise, j’ai des nouvelles perspectives. Le windsurf, ce n’est pas pareil que le kitesurf, mais ça me permet de continuer à m’amuser sur mon terrain de jeu et d’avoir de nouveaux défis à relever. En gros, je pense qu’à chaque fois que j’entre dans l’eau, quel que soit mon état, j’en ressors meilleur.

A Maui, il y a un endroit que tu connais, Jaws. Là où tu as surfé pour la première fois quand tu avais 16 ans. Quel souvenir gardes-tu de cette première fois à Jaws ?
Ce dont je me souviens… J’ai soudainement l’impression que c’était il y a une éternité ! Mais, je surfe Jaws depuis plusieurs années et mon Dieu ! Ça ressemble vraiment à un rêve parce que d’une certaine manière, cette vague sort tout droit de la science-fiction. Et tu sais quoi, on ne pense même pas que ce soit possible de la rider avant d’y être vraiment… Quand je suis né, les gens commençaient tout juste à surfer là-bas. Moi, quand j’ai surfé Jaws pour la première fois, je me suis dit que seul Dieu pouvait prendre cette vague tant elle était difficile et grosse. J’ai alors compris que même les humains avaient la capacité de réaliser l’impossible. Comparé à tous les autres spots de surf du monde, Jaws est définitivement le meilleur à mes yeux parce que là-bas, j’ai appris énormément de choses. C’est un peu comme un enseignant. Jaws, c’est la voix de l’océan, elle me parle.

Et la vague mesurait 7 mètres ou plus ?
Je pense qu’elle était plus haute. Elle mesurait 7 mètres au niveau de flottaison, dans le creux, donc 15 à la crète. Tu vois ? Elle était vraiment haute au-dessus de nos têtes.

Et qu’as-tu ressenti dans ton corps et ton esprit avant et pendant que tu prenais cette gigantesque vague?
A chaque fois que tu te retrouves dans cette situation, tu as plutôt intérêt à être concentré et sûr de tes capacités et de ton équipement. C’est important de rester centré, de te souvenir de ce que tu fais-là et de ne pas être imprudent ! C’est facile d’être imprudent… En fait, à chaque fois que tu te retrouves dans cette situation, tu ne peux même pas penser à ce que tu ressens, tu te dis simplement qu’à la fin de la journée, tu vas rentrer chez toi entier.

Quel a été le meilleur moment de cette session baptisée « 4 sports at Jaws in one day » ?La meilleure partie est toujours la même pour moi. C’est quand la journée s’achève et que je suis sur le jet ski. Je le conduis jusqu’à Harbor qui est à environ une heure de Jaws. Et quand je suis sur le jet-ski, je me retourne et je regarde la vague qui continue à se briser. Mais il fait presque nuit, c’est le crépuscule. Je suis hyper fatigué mais j’ai emmagasiné tellement de souvenirs incroyables en un jour que je me dis: « Oh j’ai survécu mais c’était complètement dingue ». Ouais je dirais que mon moment préféré c’est quand je rentre à la maison. C’était sans doute le meilleur jour de ma vie. A ce moment précis, tu sens que tu ne pourrais être nulle part ailleurs que là où tu te trouves.

Les gens disent souvent que tu es le nouveau Laird Hamilton et j’ai lu que tu le considérais comme une source d’inspiration et que c’était même ton idole quand tu étais petit. Quelle relation as-tu avec lui aujourd’hui?
Laird a habité à Maui donc je l’ai rencontré facilement via mes parents mais aussi dans l’eau quand on prenait des vagues. Il était toujours bienveillant avec moi. Laird était l’un de mes mentors. C’est lui qui m’a fait découvrir Jaws pour la première fois. C’était carrément énorme. Maintenant il habite à Kauai, je ne le vois plus très souvent mais quand on se croise c’est toujours un plaisir. Tu sais, il reste une source d’ inspiration à mes yeux, Laird est quelqu’un qui a de si grandes connaissances… Il est encore, je crois, l’un des meilleurs surfeurs et c’est vraiment cool. Pour moi, c’est un bon exemple à suivre. Lui et Robby Naish sont toujours dans la course. Ils sont non seulement dans la course mais ils continuent de surfer à un niveau professionnel, même s’ils ont 50 ans, et je trouve ça simplement phénoménal. Robby est aussi un mentor pour moi, et un très bon sponsor.

Et quel est ton prochain objectif?
Dans la mesure où j’ai atteint mon premier objectif, à savoir survivre dans toutes les gigantesques vagues que j’ai surfées ces dernières années, mon prochain but est d’obtenir un septième titre mondial en stand up paddle, mais pas seulement. Je souhaite aussi repousser les limites de mon sport, maîtriser encore mieux toutes les disciplines. Mais ce que je désire plus que tout, c’est prendre encore une fois une vague géante. Je sens que je veux plus que jamais me confronter au monde du big wave riding. J’adorerais également participer à nouveau, un jour, à la compétition The Ultimate Waterman.

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