Windsurfeuse expérimentée, Lucie Hervoche est entrée, en ce mois de mai 2026, dans l’histoire du Défi de Gruissan. Elle est en effet devenue la première féminine à réaliser la Triple Crown, à savoir obtenir un classement (dans une même année) sur le Défi Kite, le Défi Wing et le Défi Wind. La Toulonnaise de 30 ans s’est classée 271e du Défi Kite 2026 (sur 350 kitesurfeurs), puis 457e du Défi Wing 2026 (sur 660 participants). Lucie Hervoche a ensuite terminé 244e en aileron du Défi Wind 2026 (337e à l’overall, tous supports confondus, 1300 participants au total).
Une sacrée performance pour Lucie, qui aura enchaîné près de 10 jours de courses et parcouru 400km. D’autant qu’elle s’est mise spécialement au kitesurf pour réaliser son projet de Triple Crown !
Entretien avec une vraie championne, qui marque les mémoires de l’évènement gruissanais…
Lucie, peux-tu te présenter en quelques phrases ?
Je m’appelle Lucie Hervoche, je suis née et j’ai grandi à La Baule, là où tout a commencé pour moi au niveau de la planche. J’ai commencé à naviguer vers 6-8 ans, ce sont mes parents qui m’ont initiée. Ils sont des fervents windsurfeurs pratiquants. Ils nous ont beaucoup trimballés avec mon petit frère, sur différents spots proches de la maison ou plus loin. J’ai ainsi des souvenirs de mes premiers bords au planing en Costa Brava…
Désormais je vis à Toulon, l’Almanarre est un peu devenu mon homespot !
Quelle est ton histoire avec les Défis de Gruissan ?
Comme tout bon windsurfeur professionnel ou non-professionnel qui se respecte, le passage par le Défi Wind reste un incontournable. Quand on fait de la compétition à haut niveau, on ne peut pas passer à côté de cet évènement, sauf s’il y a des Coupes du monde en même temps. J’ai très vite voulu me confronter à la Tramontane, avec les meilleurs mondiaux et tous les amateurs. Je voulais voir ce que cela faisait de naviguer avec une flotte aussi dense !
Je crois que j’ai fait 4 ou 5 participations au Défi Wind. J’ai fini 2e féminine en 2018, monter sur ce podium mythique était un moment exceptionnel. C’est sans doute l’un de mes plus beaux résultats dans ma petite carrière de windsurfeuse. L’ironie du sort a fait que mes parents, qui sont avec moi depuis mes débuts en compétition, n’étaient pas présents cette année-là.
Comment a germé l’idée de s’aligner sur la Triple Crown ? Quelles ont été tes sources de motivation ?
Ma carrière en windsurf s’est arrêtée à cause du Covid. A cette époque, j’avais tout pour performer au plus haut niveau. Mes choix personnels et professionnels ont fait que je n’ai jamais pu remettre le harnais et repartir en compétition. Je suis engagée dans la Marine Nationale, j’ai été trois ans et demi sur le porte-avions. L’année dernière, au moment du Défi Wind, j’étais censée être en mer mais cette sortie a été annulée.
J’ai décidé de me rendre au Défi, en me disant : « si je ne trouve pas de dossard en dernière minute, j’irai juste pour l’ambiance ». Mon dernier Défi remontait à 2022. J’ai revu cette ambiance et tous les copains… J’étais avec quelqu’un qui m’a dit : « je ne t’ai jamais vue comme ça, ça se voit que c’est ton milieu, tu es faite pour ça ! »
Cela a ravivé la flamme, mais au fond de moi je savais que ce n’était pas faisable de performer comme j’avais pu le faire par le passé. Je n’avais pas le temps de m’entraîner suffisamment, je n’avais pas forcément les moyens ni le matériel…
Je me suis dit que j’avais envie de revenir, mais peut-être d’une façon différente. Je voulais marquer les esprits, mais pas uniquement sur l’aspect performance pure.
Se lancer des défis fous est à la mode, je pense à Alban Pellegrin de Koh-Lanta, qui a fait 72 marathons en 72 jours… Cela fait plusieurs années que je fais davantage de wing que de windsurf, mais je ne faisais pas du tout de kite.
J’ai décidé de me lancer et d’apprendre le kitesurf, car je voulais être la première à réaliser la Triple Crown, la succession des trois Défis. J’ai prospecté afin de voir si des marques et des shops pouvaient me suivre dans ce projet, et ça a été le cas.
J’ai annoncé ce projet de Triple Crown début août 2025.
La machine était lancée, cela n’a pas été de tout repos !

En quoi a consisté ta préparation pour ces trois Défis 2026 ?
J’ai fait pas mal de préparation physique au tout début de ma préparation, pour mettre un bon fond de condition physique. Concernant le kite, j’ai lancé un appel à mes contacts Instagram pour savoir si quelqu’un pouvait me donner des cours, aux alentours de Toulon/Hyères. J’ai reçu une réponse positive de Colin Oudot, coach de kite à l’école KGG. Je le remercie d’ailleurs grandement ! Mon projet a parlé à son patron, et j’ai suivi mes deux premiers cours en septembre et octobre. Hélas, je me suis ensuite fait une grosse entorse de la cheville fin octobre. Je n’ai rien pu faire jusqu’à janvier…
L’école étant ensuite fermée en hiver, je n’ai repris les cours que 3-4 semaines avant le début du Défi Kite. Je pense qu’en tout, j’ai réalisé 10-12 cours de kitesurf.
Ce qui est quand même très peu pour réussir à aller rider sur le Défi !
La planche à voile est mon sport de base, ce n’est donc pas sur cela que j’ai mis le plus l’accent lors de la préparation. Je savais que je connaissais bien le spot de Gruissan et le vent, j’avais participé à plusieurs reprises. J’ai quand même fait quelques navigations pour régler le matériel et avoir des sensations.
Cet hiver, quand j’ai pu reprendre, j’ai beaucoup mis l’accent sur la wing. Dans les trois semaines avant le début du Défi, j’ai navigué quasiment exclusivement en kite, avec deux sessions de wing et une de windsurf. Je suis allée à l’eau, en kite, quasiment un jour sur deux.
Dans quel état d’esprit es-tu arrivée à Gruissan ?
Je suis arrivée couteau entre les dents ! Je voulais aller à l’eau et courir toutes les manches, même si c’était des funny races (courses non officielles, ndlr). Je voulais vraiment me dire que j’avais disputé les trois disciplines. L’objectif était de montrer que c’était faisable, que j’étais capable. Au final, c’était sans compter sur notre cher Philippe Bru, qui a trouvé le moyen de valider deux manches par vent marin lors du Défi Kite !
C’était juste génial, il a réussi à optimiser ce vent et a su tirer parti de ces conditions-là.
Je n’ai pas réussi à partir le premier jour, le vent était assez compliqué à gérer.
L’organisation apprend de ses expériences, et a reconfiguré les choses. Cela a permis, lors de la deuxième manche, à beaucoup plus de monde d’aller à l’eau, de prendre le départ et de passer la ligne d’arrivée.
Avais-tu des objectifs de classement pour cette édition 2026 ?
Globalement non, l’idée était vraiment de finir toutes les manches. Je n’avais aucun objectif de classement en kite et en wing. La planche reste mon sport, donc j’ambitionnais un Top 200 avec mon matos de freeride, sans réellement connaître mon niveau. Au total, j’ai donc terminé 11 manches sur 12 lors de ces Défis, et parcouru environ 400km.

Tu as composé avec le vent marin lors du Défi Kite, puis la fameuse Tramontane en wingfoil et windsurf. Comment as-tu géré la fatigue, et l’enchaînement des 10 jours de courses ?
J’ai la chance d’être bien entraînée, la préparation physique est mon métier. Je savais que j’avais une grosse résistance à la fatigue et que j’étais bien préparée. Cependant, à chaque deuxième jour de compétition en wing et en windsurf, j’étais « fracassée ».
Au final, la machine se relance ensuite et ça repart ! C’est plus le contrecoup après les Défis qui est le plus dur à gérer, plus que la fatigue ou l’enchaînement des manches.
Qu’est-ce que tu as le plus apprécié dans ces Défi de Gruissan 2026 ?
Forcément le windsurf, car ça m’a fait tellement du bien de revenir aux sources !
J’ai senti que j’étais à ma place, au bon endroit au bon moment.
La manche en kite par vent marin était juste exceptionnelle.
Jamais tu ne te dis que l’on validera par vent marin, et tu vois que ça valide le premier jour… Le deuxième jour, je me suis dit que je n’avais pas le choix, je devais y aller car je devais valider la manche. J’ai fini dans les choux, mais j’ai pris un immense plaisir !
Je n’avais jamais navigué avec autant de houle… Je n’ai pas vu le temps passer, j’ai eu l’impression que la manche durait dix minutes alors qu’elle a duré 1h05.
C’était quelque chose de nouveau, qui m’a procuré de superbes sensations.

Quelles images ou émotions marquantes garderas-tu en mémoire des moments sur l’eau, ou à terre ?
Ce qui m’a marquée, c’est mon arrivée sur la plage après la première manche en windsurf. Cela signifiait que j’avais validé la Triple Crown. Mes copines Justine (Lemeteyer) et Maé (Davico), qui font une et deux au classement, étaient là pour m’accueillir, avec Estelle Barré (ancienne gagnante du Défi Wind, ndlr).
Elles m’ont attendue sur la plage, on a célébré ça ensemble, mes parents étaient là aussi. C’était un moment de pur bonheur ! Voir que des gens étaient heureux pour moi, m’a fait réaliser que ce que j’avais accompli n’était peut-être pas si anodin.
La deuxième chose qui m’a marquée, c’est quand je franchis la ligne d’arrivée de la dernière manche du Défi Wind. J’ai complètement craqué, j’ai tout lâché. J’étais cette fois-ci seule sur ma planche, avec mon émotion, ma fierté, mon accomplissement. C’était très fort aussi. Je retiendrai donc ces deux émotions, de pure joie et de pur relâchement d’avoir réussi.
Tu deviens la première féminine à accomplir la Triple Crown. De quoi es-tu la plus fière ?
C’est une bonne question (sourire). Je dirais d’avoir réussi à apprendre le kitesurf aussi vite pour accomplir ce projet. On ne va pas se mentir, avec les profs que j’ai eue, il n’y avait pas de raison que cela ne marche pas. Je suis fière, peut-être, d’être à jamais la première ! Je crois que c’est Damien Le Guen, ou Francky Roguet, qui m’a glissé ça.
Cette phrase restera gravée en moi toute ma vie… J’espère que je ne serai pas la seule, et encore moins la dernière à réaliser cet accomplissement. J’espère inspirer d’autres filles à le faire.
Cela me motive à retenter l’expérience de la Triple Crown, en visant cette fois un classement sur chacun des Défi.
Quelque chose à ajouter à cette interview ?
Je remercie toutes les personnes qui m’ont suivie et soutenue dans ce projet. Cela a été une vague de soutien et d’amour incroyable !
Une pensée aussi pour la Marine Nationale et pour l’association Entraide Marine.
J’avais lancé une cagnotte pour ce projet, au final la Marine Nationale a financé mon inscription et tout l’argent que j’avais collecté sera reversé à Entraide Marine.
C’est quelque chose qui me tient vraiment à cœur.
Merci à toi aussi, Nico, de me donner la parole, ça m’a vraiment fait plaisir de discuter de tout ça !

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Crédit photo de Une : Defi Wind Eyes / Jean-Marc Cornu
Crédit vidéo : Défi Wind Gruissan / Bru Films
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